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Le dernier membre du groupe d’officiers allemands, qui avaient tenté le 20 juillet 1944 de tuer Hitler, est décédé le vendredi 8 mars à Munich. Ewald-Heinrich von Kleist, 90 ans, était aussi le fondateur de la Conférence de Munich sur la sécurité, qui rassemble, chaque année en février, le gotha des ministres des Affaires étrangères et de la Défense.

Issu de l’aristocratie prussienne, originaire de Poméranie aujourd’hui en territoire polonais, von Kleist fut, comme beaucoup de ceux qui tentèrent de renverser le dictateur nazi, un soldat. Il était lieutenant dans la Wehrmacht en 1940, fut blessé sur le front de l’Est en 1943. Son père avait été un opposant acharné à Hitler avant même que celui-ci prenne le pouvoir.

En 2008, l’avant-dernier membre de l’opération Walkyrie, Philippe Freiherr von Boeselager, était lui aussi décédé. Dans le livre “Nous voulions tuer Hitler”, il avait raconté comment une partie de l’aristocratie allemande avait, par patriotisme, tenté de s’opposer à Hitler, risquant la haute trahison. Cette génération se basait sur les valeurs traditionnelles de l’humanisme, du respect de l’autre, du courage et de ce qu’il appelait la “vigilance critique".

Mais alors que von Boeselager avait tourné le dos au nazisme après l’assassinat en 1942 de cinq Roms tués sur base de leur seule ethnicité, l’antinazisme de von Kleist remontait à bien plus tôt – au combat de son père mais aussi à la nuit des longs couteaux de juin 1934.

Le jeune Prussien avait été approché pendant sa convalescence en janvier 1944 par le chef des comploteurs, le colonel Claus von Stauffenberg. Le lieutenant devait présenter à Hitler des nouveaux uniformes. Von Stauffenberg lui demanda s’il pouvait introduire dans la pièce des explosifs et les faire sauter.

“Ce fut une décision difficile", raconta plus tard l’ancien lieutenant. Il requit un jour de réflexion et demanda conseil à son père. "Tu dois le faire”, répondit le père, selon une interview publiée en 2011 par “Der Spiegel”. “Une personne qui vacille à un moment pareil ne sera jamais plus heureuse au cours de sa vie.”

La visite du Führer fut reportée, et le colonel von Stauffenberg chercha une autre occasion de l’éliminer. Ce fut le complot du 20 juillet 1944 qui vit le chef des comploteurs lui-même introduire une valise remplie d’explosifs dans un baraquement en bois de la “tanière” de Hitler non loin de Rastenburg, en Pologne aujourd’hui.

La bombe explosa mais ne blessa le Führer que légèrement. Une chasse implacable aux conspirateurs eut lieu. Le père de von Kleist fut arrêté et mourut en détention. Le jeune von Kleist en échappa. L’attentat du 20 juillet devait être le départ d’une opération plus large encore, “Walkyrie”, visant à ramener les soldats allemands sous un nouveau commandement.

Von Kleist n’aimait pas trop l’héroïsme. Il lui préférait le courage. "La peur est très raisonnable”, disait-il au “Spiegel”. "Elle prolonge la vie. Mais parfois, quand c’est absolument nécessaire, il faut la surmonter."

Ayant vécu la guerre, il était aussi opposé aux interventions de la Bundewehr à l’étranger. “Nous nous battons contre une idée”, disait-il à propos de l’engagement en Afghanistan et de la guerre contre le terrorisme. "La vraie question est de savoir s’il est juste que nos soldats meurent pour que les filles puissent aller à l’école en Asie.”

Sa plus importante réalisation, après-guerre, fut la fondation de la future Conférence de Munich sur la Sécurité en 1962. A l’image de Davos, forum de l’économie, elle rassemble aujourd’hui des responsables de tous bords sur la sécurité. En février dernier, y assistaient des Américains, Iraniens, Syriens et Israéliens.