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Une certaine obscénité de l’époque Berlusconi en matière d’art était visible cet été à la Biennale d’art de Venise avec le scandaleux pavillon de l’Italie dans l’Arsenale, imaginé par le provocateur en chef, Vittorio Sgarbi, ancien secrétaire de la Culture de Berlusconi. Tout était déjà dans le titre, "L’Arte non è Cosa Nostra", un jeu de mots qui signifie que l’art ne peut être une "Cosa Nostra", une mafia. Autrement dit, il faudrait sortir l’art de la "mafia du commerce" qui, selon lui, pousse l’art contemporain. Et pour cela, Sgarbi avait invité 200 artistes, tout et n’importe qui, à exposer leurs œuvres de manière indécente, bord à bord, dans un fouillis inextricable. Sa provocation très populiste a cependant démontré, a contrario, que ceux qui promeuvent l’art contemporain valent mieux que les poujadistes qui veulent opposer le "peuple" aux soi-disant "élites".

Sgarbi, éphémère secrétaire d’Etat à la Culture en 2001-2002, fut aussi celui qui créa en 2004 le "parti de la beauté" pour s’opposer à la construction de nouveaux bâtiments dans les villes italiennes. Le critique d’art Francesco Bonami l’a comparé un jour à Ben Laden tentant d’attaquer les Etats-Unis dans des attaques suicides. Sgarbi s’attaquerait de même à la "dignité de l’Italie".

Mais le patrimoine aussi a souffert de l’ère Berlusconi, de sa volonté de privatiser les musées et de couper dans les subsides culturels, comme en a témoigné l’effondrement de la Caserne des gladiateurs, à Pompéi, qui n’était peut-être que le prélude d’une longue série à venir. De nombreux édifices antiques sont en effet menacés de disparition, en raison d’une mauvaise gestion du patrimoine depuis de nombreuses années.

Juste avant de démissionner, Berlusconi avait encore créé la polémique en nommant à la tête de la Biennale de Venise Giulio Malgara, un publicitaire contesté par les milieux culturels et proche de Berlusconi. Mais face à la levée de boucliers, l’intéressé a renoncé à cette nomination, amenant même le ministre de la Culture à le remercier pour "ce geste de pacification".

Mais malgré les discours volontiers ultralibéraux ou populistes de Bersluconi en matière de culture et malgré ses télévisions bas de gamme, la "vraie" culture italienne a bien résisté. En théâtre, le grand metteur en scène Roméo Castelluci qui a toujours pu porter un regard critique sur la culture en Italie, nous expliquait, en étendant la critique : "Il est vrai que le patrimoine y joue un rôle essentiel. C’est formidable d’être dans un pays où dans chaque église, on voit un tableau exceptionnel. Quand j’étais enfant, les églises étaient une rencontre avec l’art, y compris avec sa puissance érotique quand on voyait ces corps nus et suppliciés sur les images religieuses. Mais on a perdu cette sensation et le patrimoine est devenu funèbre, lié à l’argent et aux touristes. L’art contemporain n’y a pas sa place officielle, sauf via le marché qui régente tout et spécule sur de jeunes artistes. C’est un problème culturel en Italie dont Berlusconi n’est que le symptôme."

Malgré ça, le nouveau musée Maxxi de Rome s’est ouvert, les Biennales d’art et d’architecture et les Mostra ont pu se dérouler sans trop d’anicroches.

Et l’Italie garde son artiste fétiche, son provocateur, Maurizio Cattelan, qui a pu placer devant la Bourse de Milan, une sculpture en marbre de 11 m de haut, intitulée "L.O.V.E.", représentant une main aux doigts coupés, à l’exception du majeur, comme un grand doigt d’honneur à l’ère de l’argent. Cattelan avait déjà secoué avec son pape Jean Paul II renversé par une météorite et son Hitler en train de prier à genoux. Cattelan, qui propose actuellement au Guggenheim de New York une grande rétrospective "avant d’arrêter l’art", aura pu continuer, même sous Berlusconi, son œuvre qui consiste à entrer par effraction dans le monde de l’art. Tant mieux.