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Le gratin du web, réuni à Paris pour l'e-G8, a achevé mercredi ses discussions après une intervention remarquée de Mark Zuckerberg, mais l'ensemble des débats n'a pas encore débouché sur des propositions officielles à présenter aux chefs d'Etats du G8 à Deauville jeudi.

Le fondateur de Facebook a été la grande attraction en clôture de 48h de débats. Interrogé par Maurice Levy, publicitaire rodé et organisateur de la manifestation, le jeune patron milliardaire de 27 ans a fait l'objet d'une attention toute particulière en ayant la possibilité de s'exprimer pendant une heure.

Comme d'habitude vêtu très simplement (tee-shirt, jean et baskets), il n'a fait aucun déclaration fracassante. Il a toutefois tenu à minimiser le rôle de son réseau social lors des révolutions arabes. "Facebook n'a été ni nécessaire, ni suffisant (pour faire la révolution, NDLR), a-t-il dit. Ce qui l'a été, ce sont des populations qui se sont prises en main".

A la toute fin des débats quasiment intégralement focalisés sur les aspects économiques du numérique, les organisateurs ont catalogué un ensemble de propositions qui doivent encore être peaufinées "dans l'avion" pour la station balnéaire de Deauville (nord-ouest de la France) selon Maurice Levy.

"Nous n'allons pas à Deauville avec un carnet de doléances, mais avec l'idée de faire partager une certaine vision et d'avoir un échange en direct", a déclaré Maurice Levy qui, en Normandie, sera accompagné de Mark Zuckerberg, Hiroshi Mikitani (Rakuten), Stéphane Richard (Orange-France Télécom), Eric Schmidt (Google) et le milliardaire russe Yuri Milner.

Invitée plus tôt dans la journée à donner sa "liste de souhaits", la commissaire européenne en charge des nouvelles technologies, Neelie Kroes, s'est félicitée du fait que c'était "la première fois qu'internet figurait au programme officiel du G8". Cependant, "il ne suffit pas de mettre le sujet à l'agenda, il faut une mise en application dans la vie quotidienne", a-t-elle dit. Même si tout ne fait pas consensus entre tous les acteurs du web, les débats ont notamment relevé qu'internet constituait un "accélérateur de croissance pour l'économie" et que le rôle des gouvernements doit être "d'apporter aux citoyens l'accès à internet et d'en réguler le contenu".

"La gouvernance globale doit être basée sur la coopération car le +business+ seul ne peut pas résoudre les problèmes", ont également jugé les organisateurs. En revanche, des membres de la société civile (ONG, associations et militants d'un net libre) ont fait connaître leur mécontentement de ne pas être suffisamment associés aux débats et invités à la dernière minute, perdus au milieu de dizaines de PDG. Au cours d'une conférence de presse impromptue, Jean-François Julliard, secrétaire général de Reporters sans Frontières (RSF), s'est dit "extrêmement déçu" par la tournure des discussions.

"Il faut défendre l'internet libre avant de penser à réguler les contenus. Les gouvernements du G8 doivent faire de la défense de l'internet leur priorité", a-t-il souligné, regrettant de surcroît que personne n'ait eu de mots pour les cyber-dissidents emprisonnés. Maurice Levy a répondu qu'il donnerait alors une plus large part à l'ensemble des acteurs à l'avenir, et notamment à la société civile, si la manifestation devait se répéter comme de nombreux participants l'ont exprimé.