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Les Etats-Unis et les autres grandes puissances économiques du G20 ont mis en sourdine leurs divisions sur le commerce vendredi à Washington en s'accordant sur les dangers du protectionnisme. Le message d'apaisement n'a pas été acté dans un communiqué mais a été délivré par le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble, dont le pays exerce cette année la présidence tournante du G20.

"Le protectionnisme serait néfaste pour l'économie mondiale et les économies concernées. Il y avait un large consensus" sur cette question au cours de la réunion, a assuré le ministre lors d'une conférence de presse.

Assis à ses côtés, le président de la Bundesbank s'est montré légèrement moins catégorique. "Ce que je retiens de la réunion c'est que beaucoup de participants ont souligné l'impact négatif de barrières commerciales", a assuré Jens Weidmann.

Selon M. Schäuble, les discussions entre les ministres des Finances des 20 plus grands pays émergents et industrialisés ont même débouché sur "un consensus général autour de l'idée que le libre-échange est meilleur pour l'économie mondiale et meilleur pour chaque pays".

Le diagnostic tranche d'abord avec le programme économique de l'administration Trump qui menace d'élever des barrières douanières contre certains de ses partenaires et a durement critiqué le libre-échange.

Normalisation? 

Il contraste également avec la dernière réunion du G20-Finances en mars à Baden-Baden, en Allemagne, où les divisions entre les Etats-Unis et leurs partenaires avaient éclaté au grand jour. L'administration Trump avait alors obtenu d'expurger le communiqué final du traditionnel appel à lutter contre le protectionnisme.

Un mois plus tard, l'heure était semble-t-il à l'apaisement même si les ministres du G20 avaient cette fois décidé de se passer d'un communiqué final qui aurait pu donner lieu à de nouvelles querelles.

Après avoir pris des positions incendiaires sur le commerce, l'administration Trump serait-elle en train de rentrer dans le rang, comme elle semble le faire sur le front diplomatique et militaire? Il semble encore un peu tôt pour l'affirmer.

Selon le ministre français des Finances, les Etats-Unis se distinguent surtout par une "absence de position" sur des sujets cruciaux pour l'économie mondiale.

"La position américaine, qui était l'objet central de la dernière réunion du G20, n'est plus un sujet. On se résigne à ne pas savoir et on continue à avancer", a taclé M. Sapin dans un entretien à l'AFP.

"D'un certain point de vue, c'est rassurant. Cela signifie que l'administration américaine réfléchit à élaborer des positions qui ne soient pas la seule mise en oeuvre d'expressions caricaturales", a-t-il affirmé.

- Sujets de friction -

Les potentiels sujets de friction restent toutefois nombreux.

L'administration Trump doute de la réalité du changement climatique et menace de sortir de l'accord de Paris sur les émissions de gaz à effet de serre, au grand dam de la communauté internationale.

"Le consensus scientifique sur le changement climatique n'a pas changé avec une quelconque élection", a estimé le président de la Banque mondiale Jim Yong Kim en référence à l'arrivée au pouvoir de Donald Trump.

L'administration américaine a par ailleurs promis de se débarrasser des garde-fous mis en place aux Etats-Unis après la crise de 2008, au risque, selon le FMI, de se priver des moyens d'éviter une nouvelle tempête financière.

Vendredi, le président américain a annoncé qu'il allait demander la révision de plusieurs réformes adoptées après la crise de 2008, touchant notamment les grands groupes d'assurance qui avaient été soumis à davantage de surveillance.

Interrogé sur ce point, M. Schäuble a, là encore, joué l'apaisement en assurant que la réunion du G20-Finances avait été marquée par un "large consensus" sur les grandes lignes de la régulation financière internationale.

Présidentielle française 

L'administration Trump n'a pas été le seul sujet d'inquiétude à Washington où le FMI et la Banque mondiale tenaient cette semaine leurs assemblées de printemps.

L'élection présidentielle en France, dont le premier tour a lieu dimanche, s'est elle aussi invitée dans les débats sur fond de crainte d'une percée de candidats opposés à la construction européenne, dont Marine Le Pen.

Sortant de son habituelle réserve, la patronne du FMI Christine Lagarde a assuré qu'une victoire de la présidente du FN risquerait de provoquer un "désordre majeur" et une "dislocation" de l'Union européenne.

M. Schäuble a lui assuré avoir une "pleine confiance dans l'esprit républicain des Français, au moins au deuxième tour".

A l'automne, les élections générales en Allemagne pourraient également être porteuses d'incertitude. "Il y a des risques notables", a commenté vendredi le chef du département européen du FMI, Poul Thomsen.