Le goulag en pleine expansion

Philippe Paquet Publié le - Mis à jour le

International

Depuis le témoignage du réfugié Kang Chol-Hwan, que publia à Paris le spécialiste du monde communiste Pierre Rigoulot ("Les aquariums de Pyongyang", Robert Laffont, 2000), on sait que le goulag nord-coréen n’a pas grand-chose à envier à son modèle soviétique. Les dernières informations, livrées mercredi par Amnesty International, non seulement confirment que ce jugement est toujours d’actualité, mais indiquent aussi - photos satellites à l’appui - que la comparaison est de plus en plus pertinente dans la mesure où les camps de travail et d’enfermement ne cessent d’augmenter en nombre et en taille pour former, comme dans l’URSS dénoncée par Soljenitsyne, un véritable "archipel". Les analystes l’expliquent par l’instabilité que redoute le régime stalinien dans une phase de transition qui devrait voir l’actuel numéro un nord-coréen Kim Jong-Il transmettre le pouvoir à l’un de ses fils, Kim Jong-Un.

Pour le reste, les atrocités que décrit le rapport d’Amnesty - fondé sur les confidences d’anciens détenus mais aussi de gardiens - sont en tous points conformes à celles que révélait le livre de Rigoulot. Il est toujours question de baraquements surpeuplés et de mauvais traitements systématiques, de prisonniers affamés contraints de manger des rats ou de récolter des grains de maïs dans des excréments d’animaux pour compléter leurs maigres bols de gruau, d’horaires de travail dignes de l’esclavage (commencés à quatre heures du matin, ils s’achèvent à 20 heures et sont suivis de séances d’endoctrinement idéologique), de recours à la torture et aux cellules d’isolement où l’on ne peut se tenir ni débout ni couché (Amnesty a appris qu’un mineur d’âge y aurait passé plusieurs mois). Un nom résume et symbolise à lui seul cet enfer : Yodok, un camp où les prisonniers sont également tenus d’assister à des exécutions publiques, celles de détenus qui ont désobéi ou ont vainement tenté de fuir, une manière d’instaurer un climat de terreur.

Autre caractéristique de l’univers concentrationnaire nord-coréen qui rappelle les pratiques staliniennes : la présence de "coupables par association", notamment ceux dont le seul tort est d’être apparenté à d’autres condamnés. "Une proportion élevée de ceux qui sont envoyés dans les camps ne sait même pas de quoi on l’accuse", ajoute Amnesty dans un communiqué.

Quelque 200 000 Nord-Coréens croupiraient aujourd’hui dans des camps ouverts, pour les plus anciens, depuis les années 1950, dans des régions peu accessibles du pays. Les condamnés sont astreints à produire des denrées alimentaires, à extraire du charbon ou à fabriquer du ciment. Les conditions de détention et de travail sont telles que, selon certains témoignages, jusqu’à 40 % des prisonniers seraient morts de malnutrition à Yodok entre 1999 et 2001. "Voir des gens mourir arrivait fréquemment", confie un ancien détenu. "Pour être honnête, contrairement à ce qui se passe dans une société normale, on y voyait des raisons de se réjouir plutôt que d’être triste parce que ramener un corps et l’enterrer vous assurait un autre bol de nourriture. Je me chargeais d’enterrer des morts. Après avoir reçu une ration supplémentaire pour ce travail, j’étais content plutôt que triste."

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