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Des paroles et des actes, mais pas toujours dans la même direction. La politique étrangère des Etats-Unis se démarque sur plusieurs dossiers-clés des impulsions données par Donald Trump, tendant à confirmer l'idée d'une divergence entre le président et une partie de son administration.

C'est l'un des points forts de la tribune explosive d'un haut responsable anonyme de l'administration américaine, qui affirme dans le New York Times faire partie d'une "résistance silencieuse" luttant de l'intérieur contre les "pire penchants" du milliardaire républicain. Il existe, dit-il, "une double présidence".

"Prenez la politique étrangère", explique ce haut responsable, qui a mis Washington en ébullition: "Le président Trump affiche sa préférence pour les autocrates et les dictateurs, comme le président russe Vladimir Poutine et le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un, et ne manifeste que modérément une estime sincère pour les liens qui nous unissent aux pays alliés qui partagent nos valeurs".

Mais "le reste de l'administration suit une autre voie, selon laquelle les pays comme la Russie sont mis à l'index pour leur ingérence et punis en conséquence, et les alliés à travers le monde sont traités comme des égaux et pas ridiculisés comme des rivaux", ajoute ce mystérieux "résistant".

La thèse d'un grand écart entre le verbe présidentiel et les mesures de son gouvernement a déjà été émise par plusieurs observateurs au sujet des rapports américano-russes. Surtout après le sommet Trump-Poutine de juillet à Helsinki, à l'issue duquel le président américain a été attaqué jusque dans son camp républicain pour s'être montré très conciliant à l'égard de son homologue russe.

Diplomatie à deux vitesses 

Non seulement Donald Trump, sous la pression d'un Congrès résolument hostile au Kremlin, a dû tenter de corriger son message, mais dans les semaines qui ont suivi, son administration a pris plusieurs mesures très dures contre Moscou. Les Etats-Unis sont ainsi devenus les premiers, avant même l'Union européenne, à adopter des sanctions économiques pour l'empoisonnement d'un ex-agent double russe en Angleterre -- au grand dam du président, assure l'auteur de la tribune.

"Trump veut être ami avec Poutine, mais pendant ce temps, l'administration continue son travail de manière méthodique, parvient à la conclusion que les Russes sont responsables de l'empoisonnement et donc, conformément à la loi, prend des sanctions", détaille un haut fonctionnaire, convaincu que les capitales étrangères prêtent plus d'attention à ces actes qu'aux tirades présidentielles.

Sur la Corée du Nord aussi, une diplomatie à deux vitesses semble s'être mise en place depuis le sommet de juin entre le président américain et le dirigeant nord-coréen.

Daniel Sneider, de l'université californienne de Stanford, a ainsi fait le récit, après avoir parlé avec de nombreux responsables, d'une administration américaine obnubilée par la nécessité d'"empêcher Donald Trump de rencontrer Kim Jong Un à nouveau", par crainte qu'il multiplie, comme à Singapour, les concessions sans contreparties majeures.

Et selon les experts, l'homme fort de Pyongyang joue très bien de cette dualité.

"Le régime a clairement fait savoir qu'il préfère négocier seulement avec le président Trump", dont Kim Jong Un fait "l'éloge personnel" tout en tentant de tenir à l'écart le secrétaire d'Etat Mike Pompeo, estime Bruce Klingner, du think tank conservateur Heritage Foundation.

Un scénario qui s'est encore répété jeudi: le dirigeant nord-coréen a réaffirmé sa "confiance envers M. Trump", dont il s'est aussitôt attiré les remerciements. "Nous y arriverons ensemble!", a lancé le locataire de la Maison Blanche.

Détermination 

Même constat sur la Syrie. Lorsque le président annonçait en avril sa volonté de quitter le pays en guerre, ses conseillers civils et militaires expliquaient au même moment, lors d'une conférence à quelques centaines de mètres de là, pourquoi il fallait y rester.

Résultat, un compromis pour confirmer le statu quo sans heurter la susceptibilité du magnat de l'immobilier: le retrait reste "l'objectif", mais aucun calendrier n'est fixé tant qu'il restera des jihadistes à combattre en Syrie.

Sur d'autres dossiers, du retrait de l'accord de Paris sur le climat à la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël, les résistances internes ont en revanche fini par être emportées par la détermination de Donald Trump.

L'ex-chef de la diplomatie américaine Rex Tillerson, que certains parlementaires décrivaient à l'époque, avec le ministre de la Défense Jim Mattis, comme un rempart contre le chaos, a notamment réussi, dans un premier temps, à dissuader le président de claquer la porte de l'accord sur le nucléaire iranien.

Et son bras droit Brian Hook était même, selon des diplomates, parvenu à un compromis avec les alliés européens de Washington pour durcir le texte sans l'abandonner totalement.

En vain: le secrétaire d'Etat était limogé en mars et, deux mois plus tard, Donald Trump quittait l'accord.