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"J’estime avoir effectué honnêtement mon travail, sans aucun parti pris d’aucune sorte", s’est défendu Fabrice Burgaud mercredi devant la commission d’enquête parlementaire, s’efforçant, de façon confuse, de justifier son enquête.

Pâle, ému, parlant lentement, bras croisés, le jeune magistrat âgé de 34 ans a, pour la première fois, fait état de sa "compassion" pour les acquittés. "Aujourd’hui, plus que tout autre, je peux sentir leur souffrance, me représenter ce qu’ils sont vécu, la séparation de leurs êtres chers, de leurs enfants", a-t-il dit en préambule. Sept des treize acquittés étaient présents mercredi dans la salle Lamartine de l’Assemblée nationale.

Compassion également pour les enfants. "A cet instant, je pense aux enfants qui ont été violés par des adultes qui leur ont infligé des sévices épouvantables", a-t-il expliqué. "Quiconque a eu à connaître ce dossier se souviendra de leurs souffrances".

Voilà pour la forme. Sur le fond, Fabrice Burgaud a raté son grand oral devant la commission d’enquête. En moins d’une heure, ses explications préliminaires ont été vagues, ponctuées très souvent par "je ne sais pas" ou "je ne me souviens plus".

"Je sais que cela a choqué, je l’ai dit et je le redis: j’estime avoir effectué complètement mon travail sans parti pris". Les faits, dont il est saisi en janvier 2001, sont "véritablement horribles", dit-il, encore happé par l’émotion.

Fabrice Burgaud se défend d’avoir uniquement instruit à charge. Tout a été vérifié, dit-il, que ce soit les accusations des enfants ou celles des mis en examen. "Les vérifications ont été effectuées", "chaque situation a été étudiée" au "cas par cas", assure Fabrice Burgaud, qui dit ne pas avoir fait de "justice collective".

Encore moins a-t-il usé de la détention comme d’un moyen de pression, comme l’ont indiqué à la commission les acquittés. "Je n’ai jamais fait de chantage à la détention, c’est clair".

Des doutes, Fabrice Burgaud assure en avoir eu "dès le départ", mais ne s’étend pas sur ce sujet.

Face à la commission, qui n’est "pas un tribunal", encore moins "une instance disciplinaire", comme l’a rappelé son président André Vallini (PS), Fabrice Burgaud ressemble à un petit garçon pris les mains dans le pot de confiture.

Alors qu’il pourrait être le facile bouc-émissaire, Fabrice Burgaud rappelle que le juge d’instruction est un homme seul. "Personne à l’époque ne m’a dit que je faisais fausse route". Ni le procureur de la République qui suivait le dossier, encore moins le parquet général. Gérald Lesigne, le procureur, sera entendu jeudi matin.

En forme de justification, Fabrice Burgaud a expliqué que tous ses actes, mêmes les refus qu’il a opposés aux avocats de la défense, ont été validés par la chambre de l’instruction. "Je me sens totalement responsable de l’instruction que j’ai menée", expliquera-t-il. Sur les 17 accusés, treize ont été acquittés.

"Je n’ai pas la prétention d’avoir fait l’instruction parfaite", souligne-il avant d’estimer, qu’avec le recul, il aurait peut-être agi différemment. "Est-ce que j’ai commis des erreurs d’appréciation? Peut-être. D’ailleurs, quel juge d’instruction n’en commet pas?".

Décrit par les acquittés et leurs avocats comme un juge froid, distant, sans aucune humanité, voire en machine à appliquer le droit, Fabrice Burgaud a montré mercredi le visage d’un jeune magistrat mal armé, inexpérimenté, pour affronter un dossier de ce type.

Son audition se poursuivait dans la soirée avec les questions des députés.