Le Liban sous blocus israélien

AP Publié le - Mis à jour le

International

L’armée israélienne a intensifié vendredi son offensive au Liban, quasiment placé sous blocus, bombardant l’aéroport de Beyrouth pour une deuxième journée consécutive, des bâtiments dans la banlieue sud de la capitale, fief du Hezbollah, des réservoirs de carburant et coupant la principale route vers la Syrie.

Ces bombardements, auxquels le Hezbollah a répliqué en tirant de nouvelles salves de roquettes sur le nord d’Israël, ont fait trois morts et 55 blessés au cours de la nuit de jeudi à vendredi, selon la police libanaise. Au total 56 personnes, dont 55 civils, ont été tués au Liban depuis le début de l’offensive israélienne, lancée mercredi après la capture de deux soldats israéliens par le Hezbollah à la frontière israélo-libanaise. Un civil et huit soldats israéliens ont également été tués au cours de l’opération, la plus importante depuis l’invasion par l’Etat hébreu de son voisin du nord et l’occupation de sa capitale, en 1982.

Les bombardiers israéliens ont détruit des cuves de kérosène à l’aéroport de Beyrouth au cours de la nuit et la centrale de Jiyé, au sud de Beyrouth. L’autoroute entre Beyrouth et Damas a été coupée en plusieurs endroits, contraignant les automobilistes à emprunter des routes de montagne pour rallier la capitale syrienne.

Bombes et missiles ont par ailleurs frappé Haret Hreik, dans la banlieue sud de Beyrouth, sans atteindre le QG du Hezbollah situé dans le quartier, a constaté sur place un photographe de l’Associated Press. L’armée israélienne a annoncé avoir visé le bâtiment, qui n’a pas été touché selon un porte-parole de la milice chiite pro-iranienne.

Des responsables israéliens avaient averti au préalable que la banlieue sud de Beyrouth, quartier densément peuplé et essentiellement chiite, pourrait être visée. Des tracts ont été lâchés dans la soirée de jeudi appelant la population à se tenir à distance des bureaux du Hezbollah.

Un pont a été détruit, un autre gravement endommagé, tandis que des balcons se sont écrasés sur des voitures garées en contrebas. La télévision libanaise a montré les images d’un jeune homme ensanglanté sortant d’un bâtiment touché. A Mar Mikhaïl, principal carrefour dans le sud du Beyrouth, un missile a éventré la chaussée, jonchée de verre et débris divers. Plusieurs incendies ont éclaté.

D’après des témoins, la marine israélienne croisant en Méditerranée a bombardé l’autoroute côtière au nord de Saïda, ralentissant considérablement le trafic sans toutefois couper la route. Les appareils israéliens ont également visé des antennes de transmission TV dans la vallée de la Bekaa (est), autre fief du Hezbollah.

Le dirigeant druze Walid Joumblatt a accusé vendredi la milice chiite "de jouer un jeu dangereux qui dépasse les frontières du Liban". L’homme politique, une des figures de l’opposition anti-syrienne, a également dénoncé l’offensive israélienne, la qualifiant de totalement injustifiée.

Le Hezbollah a de son côté répliqué en tirant une salve de roquettes sur plusieurs localités du nord d’Israël, faisant au moins 11 blessés dont un grave, selon l’armée et la police.

Vingt roquettes se sont abattues sur Safed, Nahiriya et Hatzor, causant des dégâts matériels. Une maison a été directement touchée à Safed, où 10 personnes ont été blessées. A Hatzor, une autre personne a été atteinte par l’explosion d’une roquette près d’une voiture. Plusieurs autres engins du même type ont également atteint les localités israéliennes de Nourit et d’Ezen Menahem, sans apparemment faire de victimes. Ces attaques portent à environ 185 le nombre de roquettes ayant frappé le nord d’Israël au cours des dernières 48 heures.

Deux de ces Katioucha avaient touché jeudi Haïfa, troisième ville israélienne et distante d’une cinquantaine de kilomètres de la frontière libanaise. Jamais une roquette n’était tombée aussi profondément en territoire israélien. D’après un porte-parole de l’armée, Jacob Dallal, 220.000 Israéliens sont réfugiés dans des abris du nord du pays.

Le président des Etats-Unis George W. Bush a assuré vendredi qu’il allait demander à Israël d’épargner civils et innocents au Liban. Selon un communiqué de la Maison Blanche, le président Bush, qui a eu dans la matinée un entretien téléphonique avec le Premier ministre libanais Fouad Saniora, s’est dit prêt "à faire pression sur Israël pour limiter les dommages au Liban résultant de l’actuelle action militaire ainsi qu’épargner les civils et les personnes innocentes".

A Paris, Jacques Chirac, "consterné par ce qui se passe actuellement au Proche-Orient", a jugé vendredi "tout à fait disproportionnée" l’offensive israélienne au Liban. "On peut se demander s’il n’y a pas aujourd’hui une espèce de volonté de détruire le Liban, ses équipements, ses routes, ses communications", a déclaré président français lors de sa traditionnelle interview du 14 juillet.

M. Chirac a jugé par ailleurs "inadmissible, inacceptable et irresponsable" les tirs de roquettes sur Israël par les combattants du Hezbollah et du Hamas et rappelé qu’il fallait obtenir la libération des soldats israéliens capturés par ces militants.

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