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Le mandat d'arrêt international à son encontre désormais levé, l'ex-président catalan Carles Puigdemont peut se déplacer comme il l'entend, hormis en Espagne, et continuer sans risque d'extradition à jouer un rôle politique central au sein du camp indépendantiste.

Retour en Belgique 

Destitué après la vaine tentative de sécession de la Catalogne du 27 octobre, Carles Puigdemont s'était immédiatement exilé en secret à Bruxelles, comme plusieurs de ses "ministres" régionaux, avant que la justice ne déclenche les poursuites contre les dirigeants indépendantistes.

Installé ensuite à Waterloo (Belgique), il avait été arrêté fin mars en Allemagne en rentrant d'un déplacement en Finlande mais libéré sous contrôle judiciaire une dizaine de jours plus tard dans l'attente de la décision allemande sur la demande d'extradition de l'Espagne.

Le mandat d'arrêt ayant été retiré jeudi par le juge espagnol Pablo Llarena, Carles Puigdemont, qui est actuellement à Hambourg, va retourner à Waterloo, a dit à l'AFP l'un de ses avocats, Gonzalo Boye. La porte-parole du tribunal allemand ayant statué sur son cas a confirmé vendredi que le leader catalan pouvait d'ores et déjà "quitter l'Allemagne".

De Waterloo, l'ex-président catalan pourra se déplacer où il l'entend, a poursuivi Gonzalo Boye, sauf en Espagne où il est inculpé de rébellion, un chef passible de 25 ans de prison, et serait donc incarcéré.

Théoriquement, l'exil du leader catalan pourrait durer 20 ans, le temps que le délit de rébellion soit prescrit. Depuis son départ, Carles Puigdemont est "conscient que cela pourrait durer de nombreuses années dans le pire des scénarios", a souligné un autre de ses avocats, Jaume Alonso-Cuevillas.

Rôle politique de premier plan 

Depuis son départ, Carles Puigdemont a conservé un rôle central dans la politique catalane. Tête de liste de sa formation aux élections du 21 décembre remportées par les indépendantistes, il avait ensuite échoué à se faire investir président régional face aux blocages de la justice et avait désigné Quim Torra comme successeur.

Une fois de retour en Belgique, Carles Puigdemont, considéré comme le président "légitime" par Quim Torra avec qui il s'entretient régulièrement, va activer un "Conseil de la république", sorte d'organe suprême en exil du camp indépendantiste.

Sur fond de divisions entre les indépendantistes, comme l'ont montré cette semaine des tensions au parlement régional entre les différentes formations, Carles Puigdemont a annoncé lundi la création d'une plateforme baptisée "Appel national pour la République" afin de tenter d'unir le camp séparatiste.

Pourquoi une telle décision de la justice espagnole ? 

Une semaine après la décision de la justice allemande de n'autoriser l'extradition de Carles Puigdemont que pour malversation et non pour rébellion, clé de voûte de son instruction, le juge Llarena a refusé jeudi son extradition pour ce seul chef d'accusation et surpris en retirant dans le même temps les mandats d'arrêts internationaux et européens contre Carles Puigdemont et cinq autres indépendantistes en exil.

"Il l'a fait pour éviter d'autres revers", a jugé pour l'AFP Xavier Arbos, un professeur de droit constitutionnel à l'Université de Barcelone, après que la justice belge avait refusé en mai d'exécuter les mandats d'arrêt européens contre trois de ses anciens "ministres" exilés en Belgique.

Selon les scénarios exposés dans la presse espagnole, le juge Pablo Llarena aurait refusé l'extradition de Carles Puigdemont pour malversation pour ne pas fragiliser son dossier d'accusation contre les leaders catalans incarcérés en Espagne.

D'après El Pais, si Carles Puigdemont avait été extradé pour ce seul chef d'accusation, il aurait par ailleurs été compliqué pour le juge de le placer en détention provisoire et Carles Puigdemont aurait même théoriquement pu se faire réinvestir président régional par le parlement catalan.

Ce n'est toutefois pas une première pour Pablo Llarena qui avait déjà retiré en décembre les mandats d'arrêt contre les dirigeants indépendantistes avant de les réactiver en mars.

La défense de Puigdemont s'attend d'ailleurs, selon La Vanguardia, à une réactivation du mandat d'arrêt international si les dirigeants indépendantistes en détention provisoire en Espagne sont condamnés pour rébellion. Leur procès est attendu en octobre, selon la presse espagnole.