Le moment ou jamais d'aider les Birmans

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International

Les mises en garde de la junte militaire n'ont rien changé. Des dizaines de milliers de moines, de nonnes et de simples citoyens, qui veulent goûter aux libertés et aux conditions de vie décentes, ont encore foulé le pavé birman mardi dans un mouvement sans précédent, émouvant tant par son ampleur que sa détermination et son pacifisme.

Bien que la junte militaire n'ait jusqu'ici pas eu recours aux armes, ses menaces et mouvements de troupes d'élite se révèlent extrêmement inquiétants et le risque de voir un rêve naissant se transformer en nouveau cauchemar paraît imminent. C'est dès lors le moment ou jamais pour la communauté internationale d'aider les Birmans et de se mobiliser avec fermeté pour que le régime du généralissime Than Shwe, qui n'a pas pour habitude de tolérer la contestation, opte en faveur du dialogue et du compromis avec les moines et la Ligue pour la démocratie du prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi.

Si les pays occidentaux, et notamment la Belgique en tant que membre du Conseil de sécurité de l'Onu, ont un rôle à jouer en ce sens, on en attend davantage de l'Inde, de la Thaïlande et de la Chine qui, entretenant des relations commerciales juteuses avec la dictature, exercent quelque influence sur le gouvernement de Rangoon - pardon, de Pyinmana, ville de la jungle rebaptisée Nay Pyi Daw, où il a déménagé dans un mélange de paranoïa et de folie des grandeurs. On ose espérer que si la junte mettait l'énergie de son désespoir dans la violence plutôt que dans la réconciliation, Pékin, dont la présence en Birmanie s'est accrue à mesure que les généraux s'isolaient du reste du monde, ne la défendrait plus au Conseil de sécurité des Nations unies, comme il l'a fait jusqu'ici en s'opposant notamment à la condamnation de ses violations des droits de l'homme.

Mais les pressions politiques, qu'on aimerait plus explicites de la part de la Chine, doivent aussi, pour être efficaces, s'accompagner de sanctions économiques effectives contre le régime birman, interdisant tout investissement étranger dans les secteurs clés des ressources naturelles, comme le pétrole, le gaz et le teck. On doute en effet que la présence sur le champ gazier de Yadana d'une entreprise comme Total ait, comme elle l'assure sur son site Internet, "des retombées positives durables pour la région". Les intérêts économiques ont des limites : celles des droits humains et de la décence.

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