Le mystère commence à s'éclaircir sur le film islamophobe américain

Belga Publié le - Mis à jour le

International

L'épais mystère commence tout juste à s'éclaircir autour du film islamophobe qui a embrasé le monde arabe, une obscure vidéo coproduite par un copte égyptien de Los Angeles et des évangélistes américains et tournée par un réalisateur de films pornos.

Mais beaucoup de questions demeurent sur ce film amateur à petit budget, "L'innocence des musulmans", réalisé il y a plus d'un an aux Etats-Unis. On en sait un peu plus samedi sur l'un des producteurs, Nakoula Basseley Nakoula, un copte (chrétien d'Egypte) de 55 ans résidant à Cerritos, près de Los Angeles. Condamné en 2009 pour fraude bancaire, il a été brièvement entendu samedi par des policiers fédéraux à propos de sa liberté conditionnelle.

D'après les télévisions locales, l'homme avait de lui-même quitté son domicile, sans menottes, portant un grand manteau, un chapeau, une écharpe et des lunettes pour dissimuler son visage. La police n'a rien révélé de son audition libre. M. Nakoula avait également purgé une peine d'un an de prison après avoir plaidé coupable pour possession et intention de produire des métamphétamines en 1997.

On y voit aussi un peu plus clair sur les autres protagonistes derrière cette production bas de gamme tournée à l'été 2011 à Duarte, à 45 km de Los Angeles. Le film, agrémenté de doublages grossiers, de fausses barbes et de décors d'époque kitsch, prétend raconter la vie du prophète Mahomet et évoque les thèmes de l'homosexualité et de la pédophilie. Il présente les musulmans comme immoraux et violents.

Un autre producteur est l'organisation Media for Christ (Médias pour le Christ), regroupant des chrétiens évangéliques antimusulmans américains de droite, comme le pasteur de Floride Terry Jones, connu pour avoir brûlé publiquement des exemplaires du Coran.

Le film aurait été réalisé par Alan Roberts, 65 ans, auteur de films pornographiques et d'action à petit budget, selon le site internet Gawker. D'après Gawker, les acteurs affirment avoir été trompés, croyant jouer dans une fiction épique avant de se rendre compte qu'un doublage de propagande antimusulmane couvrait leurs répliques.

Derrière "L'innoncence des musulmans", on trouve aussi un mystérieux "Sam Bacile", le pseudonyme de quelqu'un qui s'est présenté dans des médias américains comme un "juif israélo-américain". Il a dit avoir fait ce film pour aider l'Etat hébreu, considérant que l'islam est un "cancer".

La presse pense que "Sam Bacile" n'est autre que M. Nakoula. Mais un consultant sur le film, Steve Klein, a nié toute implication d'Israël. La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a quant à elle dénoncé une vidéo "écoeurante" avec laquelle "le gouvernement des Etats-Unis n'a rien à voir".

Le mystère demeure toutefois sur les raisons pour lesquelles les 14 minutes d'extraits mises en ligne sur YouTube depuis des mois ont soudain provoqué une flambée de violences antiaméricaines au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Une quinzaine de personnes ont été tuées, dont l'ambassadeur américain en Libye Chris Stevens dans un attentat contre le consulat de Benghazi.

Interrogé par la radio américaine en arabe Radio Sawa, M. Nakoula s'est dit "attristé" par la mort de M. Stevens, mais ne regrette par le film. C'est lui, affirme-t-il, qui a diffusé l'extrait sur internet et il envisage de publier toute la vidéo. Les 14 minutes avaient été diffusées par des télévisions égyptiennes, avec l'aide d'un avocat copte égyptien, Morris Sadek, basé à Washington.

Cette "vidéo circulait sur internet depuis des mois sans grande audience, avant d'embraser soudainement la région le jour même où l'on a commencé à voir des manifestations" au Moyen-Orient, notamment au Caire, a souligné la porte-parole du département d'Etat, Victoria Nuland.

Les Etats-Unis ont reconnu que le film était protégé par leur Constitution et son premier amendement sur la liberté d'expression qui interdit les poursuites pour des propos insultants ou diffamatoires.

Mais M. Nakoula pourrait avoir enfreint les règles de sa liberté conditionnelle et pourrait alors retourner en prison. "On étudie cette question", a déclaré un responsable judiciaire.

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