International Selon les informations révélées par Le Parisien, un document important avait été égaré par le parquet de Paris. Il a désormais été retrouvé et pourrait bien servir la défense de l'islamologue Tariq Ramadan.

Accusé d'agression sexuelle par l'une des plaignantes, à la date du 9 octobre 2009 dans l'après-midi, le prédicateur de 55 ans dispose d'un alibi. Le document retrouvé est un billet d'avion reliant Londres à Lyon à la date des supposés faits. En l'espèce, Tariq Ramadan ne se serait posé à l'aéroport de Lyon Saint-Exupéry qu'à 18h30 ce jour-là. Il devait prendre part à une conférence dans la capitale des Gaules sur le coup de 20h30. Une information qui vient fragiliser la version de son accusatrice, selon laquelle le quinquagénaire l'aurait violée dans l'après-midi.

Les avocats du théologien suisse n'y vont pas avec le dos de la cuillère et considèrent que la perte momentanée de cette pièce à conviction a "gravement porté préjudice à Monsieur Ramadan".

Finalement, le document aura été récupéré, mais pas vérifié par les enquêteurs, juste avant la confrontation entre l'islamologue et l'accusatrice en question, le 1er février dernier.

Le lendemain, Tariq Ramadan sortira mis en examen et incarcéré. Jamais son alibi n'aura été vérifié. Le parquet de Paris a déclaré ne pas souhaiter "faire de commentaire" à nos confrères.

Ses avocats demandent la saisine de l'Inspection générale de la justice

Les avocats de Tariq Ramadan réclament la saisine de l'Inspection générale de la justice (IGJ) en estimant que l'enquête préliminaire a été émaillée de problèmes de procédure ayant porté préjudice à leur client.

Dans une lettre adressée à la ministre de la Justice Nicole Belloubet et dont l'AFP a eu connaissance, les conseils du théologien musulman s'appuient sur deux éléments pour justifier leur demande.

D'abord, une note transmise au parquet de Paris le 6 décembre et qui fait état de l'agenda de M. Ramadan le 9 octobre 2009, date à laquelle une des deux femmes ayant déposé une plainte contre lui -qui a choisi le pseudonyme Christelle- l'accuse de l'avoir violée dans un hôtel à Lyon.

"Cette note démontre qu'il est impossible que les faits dénoncés par la plaignante aient été commis, comme elle le prétend, le 9 octobre 2009 dans l'après-midi à l'hôtel Hilton de Lyon puisque Monsieur Ramadan est arrivé à l'aéroport de Lyon Saint-Exupéry le 9 octobre 2009 à 18H35", écrivent les avocats dans ce courrier, dont l'existence a été révélée par Le Parisien.

Cette note fait état d'une réservation de billet d'avion, a-t-on appris de source proche du dossier. Versée au dossier, elle a été transmise aux enquêteurs le 1er février, soit au second jour de la garde à vue de Tariq Ramadan.

"Il est incompréhensible que cette note n'ait pas été communiquée préalablement aux enquêteurs, comme l'ont été toutes les autres notes que nous avons déposées depuis le mois d'octobre auprès du parquet de Paris" alors qu'elle contient "des éléments à décharge très importants" pour leur client, écrivent-ils à Mme Belloubet.

C'est pourquoi ils souhaitent que l'IGJ mène une enquête administrative pour "savoir qui a dissimulé cette note pendant près de deux mois".

Autre point de la procédure que les avocats contestent: le fait que les enquêteurs, disent-ils, n'aient pas cherché à identifier le juge cité par l'essayiste Caroline Fourest, opposante de longue date de M. Ramadan, qu'elle dit avoir mis en contact avec "Christelle" en novembre 2009.

Soupçonnant ce magistrat d'être en poste au palais de justice de Paris, ils s'inquiètent "qu'il travaille sur le dossier de Monsieur Ramadan, qu'il soit amené à le faire ou a minima qu'il soit en contact avec des magistrats travaillant sur ce dossier".