International

Les Jésuites se sont donné un nouveau "patron" vendredi passé; l'heure est de l'inscrire dans la continuité de l'Ordre. C'est bien parti puisque le P. Arturo Sosa ne se prive pas de dire d'emblée qu'il ne cassera pas la baraque!

L'exercice est bien dans l'air du temps. A peine nommé à une fonction dirigeante, il faut que l'heureux élu réagisse vite et se crée un espace de présence et de respiration dans un univers médiatique hyper-bouché bien souvent dominé par l'accessoire et le superfétatoire. Et puis il n'est surtout pas question de s'isoler le temps de digérer sa nomination… Quelques jours à peine après avoir été porté à la tête de la Compagnie de Jésus, le P. Arturo Sosa est donc allé à la rencontre de quelque 70 journalistes dans l’aula de la Congrégation générale. Il faut battre le fer - ou le frère? - tant qu'il est chaud…

Un vrai baptême du feu médiatique même si le P.Sosa est loin d'être un néophyte…

Pour l'occasion le nouveau "patron" des Jésuites a été bien entouré puisqu'il avait à ses côtés le P. Federico Lombardi,sj, l'ancien porte-parole du Vatican qui a précisé que le nouveau Général n'était pas un petit nouveau en quête de personnalité. Pour cause: il avait été membre de la 33e Congrégation générale en 1983; il était alors le plus jeune délégué. Mais il y a aussi une certaine continuité: le P. Lombardi a fait remarquer les bonnes relations qui existaient entre le nouveau Général et son prédécesseur, le P. Adolfo Nicolás…

D'entrée de jeu, le nouveau Supérieur général a dit qu'il était en paix. Il a avoué qu'il ne s’attendait pas à être élu mais il n'en a pas moins confiance en Dieu et il est on ne peut plus prêt à servir la Compagnie de Jésus et l’Église dans son nouveau rôle. Il a aussi souligné combien il était reconnaissant à son prédécesseur, le P. Adolfo Nicolás, qui s’était donné entièrement à sa tâche. Il a ajouté que l’ancien Général retournait travailler selon la mission que son supérieur lui donnerait, comme tout jésuite qui quitte une responsabilité quelle qu’elle soit.

Le P. Arturo Sosa a encore clairement stipulé qu’on ne s’attendait pas à ce que la Congrégation en cours change les orientations que les jésuites ont prises depuis des décennies maintenant. A savoir le service de la foi et la promotion de la justice. Par ailleurs, de manière très concrète comme il sied dans un environnement de disciples d'Ignace de Loyola, il a rappelé qu'on sent le besoin de trouver les moyens les meilleurs et les plus efficaces de le faire, de nos jours, dans un monde diversifié et multiculturel et dans un contexte qui demande toutes sortes de collaboration.

En faveur d'un Vénézuéla plus démocratique

Au moment du question-réponses avec les journalistes, il fut évidemment question du pays d'origine du nouveau supérieur général: qu’est-ce que Arturo Sosa pourrait dire de l'évolution de son propre pays,le Venezuela? Diplomate comme pas deux comme il sied pour une personnalité récemment appelée à une fonction supérieure, le P. Sosa a reconnu qu’il avait passé une grande partie de sa carrière académique à étudier et à commenter la vie politique du Venezuela.

Il a expliqué brièvement qu’un pays qui ne vivait que des dividendes d’une seule ressource naturelle, dans un système entièrement géré par le gouvernement, ne pouvait aisément vivre dans une véritable démocratie. Il a aussi insisté sur le fait qu’une large partie de la population espère que des ponts soient construits entre tous de sorte qu’un dialogue réel puisse permettre la construction d’un avenir qui puisse profiter à tous.

Il coulait aussi de source que plusieurs questions auraient trait au pape François, autre éminente personnalité jésuite…On a ainsi demandé au Général s’il aimait être identifié comme "le pape noir". Sans la moindre surprise, il a répondu par un assourdissant et un très clair "non"! Il a précisé comment, depuis la fondation de la Compagnie de Jésus, les jésuites ont voulu répondre aux demandes du pape pour servir là où on aurait besoin d’eux, parce qu’ils croient qu’en tant que pasteur universel, le pape a une vision universelle des besoins. A fortiori si ce pape est aussi issu de leurs rangs…

Le P. Sosa a aussi mentionné qu’il avait rencontré le présent pape à plusieurs reprises, d’abord durant la 33e Congrégation générale, puis dans le contexte de son travail avec les centres sociaux en Amérique latine, en Argentine, et plus récemment dans le cadre de ses responsabilités comme Délégué du Général pour les œuvres et les maisons romaines. On ne sera pas vraiment surpris que le P.Sosa ait répondu que leurs rencontres avaient toujours été agréables et fructueuses.

On a aussi interrogé le P. Général sur la manière dont il avait été élu, sur les raisons de la démission de son prédécesseur et sur le fait qu’il était élu à vie. Et on lui a aussi demandé quelles étaient ses priorités et les principaux défis auxquels font face les jésuites. Dans chacune de ses réponses, il a pu éclairer son public sur le sens de sa fonction et plus encore sur l’engagement des jésuites à contribuer, humblement, et par leur attachement à Jésus, à la construction d’un monde qui donnerait priorité à chaque personne humaine.

Le P.Sosa a aussi expliqué que l’une de ses ambitions pour la Compagnie était de poursuivre l’exhortation du Pape à être une Eglise "en sortie". Le service de la foi et la formation intellectuelle sont deux chantiers qui restent prioritaires pour la Compagnie de Jésus a-t-il encore fait remarquer. Mais c’est bien la mission des jésuites d'aller en permanence vers ceux qui souffrent tout en faisant un travail de paix et de réconciliation…