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François monte lui-même sur les barricades pour que l’Eglise éradique toutes les formes de pédophilie en son sein. Eclairage Christian Laporte

Il y avait comme un goût de trop peu. Et des pressions récurrentes de plus en plus fortes des victimes aux Etats-Unis mais aussi en Irlande où le Pape va se rendre ces prochains jours. Qui plus est, le trouble habite les fidèles et aussi tous ceux qui sont hors de l’Eglise. Le Pape a donc pris ses responsabilités. Quelques heures après une mise au point officielle de ses services de communication, François est personnellement monté au créneau, lundi à la rencontre des catholiques et de tous ceux qui se sont dits extrêmement choqués par les révélations récentes d’un rapport accablant du procureur de Pennsylvanie sur les abus sexuels commis depuis sept décennies par des prêtres.

"Quand un membre souffre, tous souffrent"…

Le Vatican a dès lors publié, hier lundi, une "Lettre du pape François au peuple de Dieu". Un texte où le Pape appelle à une réponse ferme de toute l’Eglise au problème des abus en son sein. A ses yeux, il faut une fois pour toutes mettre un terme à la culture du cléricalisme, tout en appelant les fidèles à la prière et au jeûne.

Citant l’épître de Paul aux Corinthiens, "si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui", le Pape a voulu montrer sa compassion envers la souffrance vécue par de nombreux mineurs à la suite de moult abus sexuels mais aussi et ce n’est pas rien… abus de pouvoir et de conscience perpétrés par des hommes d’Eglise.

Pour la transparence absolue

Cela a entraîné de profondes blessures chez les victimes, mais aussi chez leurs proches et dans toute la communauté croyante ou non.

Le pape François est bien conscient "que ce que l’on peut faire pour demander pardon et réparation du dommage causé ne sera jamais suffisant", mais "rien ne doit être négligé pour promouvoir une culture capable non seulement de faire en sorte que de telles situations ne se reproduisent pas mais encore que celles-ci ne puissent trouver des terrains propices pour être dissimulées et perpétuées".

Et de rappeler que "la douleur des victimes et de leurs familles est aussi notre douleur; pour cette raison, il est urgent de réaffirmer une fois encore notre engagement pour garantir la protection des mineurs et des adultes vulnérables".

Une fois encore, il condamne "avec force ces atrocités" et appelle "à redoubler d’efforts pour éradiquer cette culture de mort" car "les blessures ne connaissent jamais de prescription".

Dans la foulée du chemin de croix du futur Benoît XVI

Et le Pape de reconnaître "que nous n’avons pas su être là où nous le devions, que nous n’avons pas agi en temps voulu en reconnaissant l’ampleur et la gravité du dommage qui était infligé à tant de vies. Nous avons négligé et abandonné les petits. Je fais miennes les paroles de l'alors cardinal Ratzinger lorsque, durant le chemin de croix écrit pour le Vendredi saint de 2005, il s’unit au cri de douleur de tant de victimes en disant avec force : Que de souillures dans l’Eglise, et particulièrement parmi ceux qui, dans le sacerdoce, devraient lui appartenir totalement !"

Pour le Pape, "l’ampleur et la gravité des faits exigent que nous réagissions de manière globale et communautaire". "Aujourd’hui, nous avons à relever le défi en tant que peuple de Dieu d’assumer la douleur de nos frères blessés dans leur chair et dans leur esprit. Si par le passé l’omission a pu être tenue pour une forme de réponse, nous voulons aujourd’hui que la solidarité, entendue dans son acception plus profonde et exigeante, caractérise notre façon de bâtir le présent et l’avenir, en un espace où les conflits, les tensions et surtout les victimes de tout type d’abus puissent trouver une main tendue qui les protège et les sauve de leur douleur".

Le Pape entend que "chaque baptisé se sente engagé dans la transformation ecclésiale et sociale dont nous avons tant besoin". Et cela par la prière et le jeûne. Et par un combat ferme contre "le cléricalisme, favorisé par les prêtres eux-mêmes ou par les laïcs" qui "engendre une scission dans le corps ecclésial qui encourage et aide à perpétuer beaucoup des maux que nous dénonçons aujourd’hui."

Et donc "dire non aux abus, c’est dire non, de façon catégorique, à toute forme de cléricalisme". Qui ne sera éradiqué que si chaque croyant se mobilise… Et de conclure qu’"il est essentiel que, comme Eglise, nous puissions reconnaître et condamner avec douleur et honte les atrocités commises par des personnes consacrées, par des membres du clergé, mais aussi par tous ceux qui ont la mission de veiller sur les plus vulnérables et de les protéger".