Le Pape s’oppose à l’éclipse de Dieu

Paco Audije Publié le - Mis à jour le

International

Faire face aux abus d’une science sans limites et au relativisme moral. Tel a été le message fondamental de Benoît XVI lors de sa deuxième journée de visite en Espagne. "Dans la société actuelle", a-t-il dit en espagnol, "nous constatons une sorte d’éclipse de Dieu, une certaine amnésie, plus encore, un vrai refus du christianisme, une négation du trésor de la foi reçue, avec le risque de perdre ce que nous caractérise au plus profond." Il a prononcé ces mots dans le monastère de Saint-Laurent-de-l’Escurial, au sein du grand complexe construit au XVIe siècle. Classé patrimoine mondial par l’Unesco, le site inclut notamment le panthéon des rois d’Espagne.

Très tôt, les pèlerins se sont répartis le long des 50 kilomètres du parcours entre Madrid et San Lorenzo de El Escorial. Ceux-ci criaient "Sí, sí, sí, el Papa ya está aquí !" (Oui, oui, le Pape est déjà ici). Dans la grande cour du monastère, près de 2 350 jeunes religieuses attendaient le souverain pontife dans cette localité montagneuse au nord de la capitale. Parmi les religieuses présentes, 400 sœurs cloîtrées l’ont accueilli avec gestes de joie, chants et applaudissements. "L’Eglise a besoin de votre jeune fidélité", leur a répondu Benoît XVI.

L’éducation a été un point fondamental de la journée. Le souverain pontife a rencontré environ 1 500 professeurs d’université qui l’ont applaudi pendant de longues minutes. Le retable baroque richissime, les tableaux de Vélasquez, Ribera et Titien, les toges traditionnelles portées par les professeurs présents, chacune à la couleur de leur université, contribuaient à rehausser l’atmosphère de la basilique du monastère.

Benoît XVI a voulu aussi montrer qu’il était entre les siens et il a évoqué sa propre expérience comme "le professeur Ratzinger" qu’il fut à Bonn. Le Saint-Père a encouragé les assistants à former "des personnes" et pas seulement des professionnels, avant de souligner que "l’enseignement ne doit pas être simplement une sobre présentation de contenus, mais une formation des jeunes". Il a conclu : "Vous devez susciter chez les jeunes une soif de vérité."

Le Pape a partagé son déjeuner, de nouveau à Madrid, avec quatorze jeunes représentatifs des JMJ. Douze jeunes, deux par continent, plus deux Espagnols. Le matin, il a passé un petit moment avec la famille royale au palais de la Zarzuela. Dans sa quatrième rencontre avec le Premier ministre, José Luis Zapatero, il a discuté d’affaires internationales telles que la Somalie ou les révoltes arabes. Ainsi que de Cuba, où la collaboration Vatican-Espagne a porté ses fruits avec les libérations négociées de prisonniers politiques cubains.

Zapatero aurait demandé l’aide du Vatican pour transformer el Valle de los Caídos (la vallée des morts). C’est un héritage monumental du franquisme (Franco lui-même y est enterré), tout près de l’Escurial. Zapatero veut le convertir dans un grand centre "de réconciliation des deux Espagnes", sans modifier la présence religieuse et l’abbaye bénédictine qui y est installée depuis le franquisme. Un sujet vraiment délicat qui continue à provoquer d’aigres polémiques hispano-espagnoles.

A propos de la condamnation de l’avortement et de l’euthanasie faite par Benoît XVI après son atterrissage, le porte-parole du gouvernement José Blanco a répondu d’une politesse froide : "Nous respectons les croyances du Pape, nous partageons les unes et pas les autres. Elles ne signalent pas la voie à suivre dans l’action de notre gouvernement."

La police a fait quelques nouvelles arrestations dans de petites manifestations contre la visite papale.

La deuxième journée de Benoît XVI à Madrid devait se terminer par un grand chemin de la croix. A côté du musée du Prado, une dizaine de groupes de jeunes représentatifs des souffrances planétaires devaient accompagner une procession des confréries les plus représentatives de la Semaine sainte d’Espagne. Celles-ci ont porté quinze groupes d’images religieuses magnifiques, singulières, précieuses, qu’on expose dans la capitale espagnole pendant les JMJ. Il s’agit d’images telles que celle du dernier repas (la Cène) du Christ, œuvre du grand sculpteur religieux du XVIIIe, Francisco Salzillo. Aucune de ces quinze œuvres d’art religieux ne sortent normalement de leur cathédrale ou église d’origine.

Ce dimanche 21 août, de 9h30 à 12h, La deux (RTBF) retransmettra en direct la messe de clôture des JMJ, commentée par le cardinal G. Danneels, ancien archevêque de Malines-Bruxelles.

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