Le pape veut dissocier religions et guerres

afp Publié le - Mis à jour le

International Le pape Benoît XVI, accueilli samedi matin chaleureusement dans la montagne chrétienne, entend expliquer aux responsables politiques et religieux libanais que la religion ne peut pas être synonyme de guerre et d'intolérance, mais doit renforcer paix et démocratie.

Alors que le monde arabe est ensanglanté par la colère des islamistes contre un film produit en Amérique et insultant le Prophète, le contraste était saisissant samedi matin avec l'atmopshère de ferveur et de joie bon enfant sur les routes conduisant au palais présidentiel de Baabda.

Le chef des catholiques veut souligner que les "deux religions, islam et christianisme, ont contribué à de grandes cultures", a expliqué le porte-parole du Saint-Siège, le père Federico Lombardi.

Le thème de la paix et de l'environnement religieux de tolérance qui doit y contribuer devait être au centre de son message au palais de Baabda.

Des milliers de fidèles, beaucoup de jeunes et même d'enfants, agitant des drapeaux du Vatican et du Liban s'étaient rassemblés sur les accès menant au palais où le souverain pontife devait rencontrer les corps constitués et les chefs des communautés religieuses. Ils scandaient: "le pape est là, le pape est là!".

Des groupes d'Irakiens, Jordaniens, Egyptiens, ou Palestiniens étaient aussi venus accueillir Benoît XVI, le premier pontife romain à se rendre au Liban depuis Jean Paul II en 1997.

"Ce pape est bon mais le précédent était plus sacré", affirmait Dalal, une Libanaise de 40 ans, en référence au pape polonais très aimé de tous les Libanais et qui avait drainé des foules considérables lors de sa visite.

Sur la route, en attendant la papamobile, un orchestre jouait une chanson de la célèbre chanteuse libanaise Fayrouz "les derniers jours de l'été".

Dallal entendait prier pour le Liban, comme le demande le pape: "Que souhaite d'autre une personne malade que d'aller mieux! La politique toute entière est un mensonge, le pape parle à un niveau bien plus élevé", jugeait-elle.

Chammas Halim, un kurde irakien venu d'Erbil avec 225 autres compatriotes, était confiant que cette visite apporte un peu de soulagement à son pays meurtri et à la région fragilisée par la guerre en Syrie.

"La visite du pape apportera du bonheur non seulement au Liban mais à l'ensemble du Moyen Orient", prédisait-il. Les chrétiens irakiens, qui étaient un million à l'époque de Saddam Hussein, ne sont plus 450.000, en raison des violences qui ont ensanglanté leur pays et les ont visés directement.

Zeina Khoury, une Maronite, racontait s'être mise en route à O6H00 locales avec son mari et ses deux enfants pour être sûre de voir le pape. "C'est une bénédiction pour le Liban. Cette visite est importante parce qu'elle peut apporter la paix et nous rappelle l'importance de vivre ensemble", déclare-t-elle.

Cette deuxième journée est particulièrement chargée pour un homme de 85 ans, qui est apparu frêle et s'appuyant sur sa canne, même s'il semblait en assez bonne forme et heureux d'être pour la première fois au Liban.

Le pape rencontre successivement au palais présidentiel de Baabda le président chrétien Michel Sleimane, le président chiite du Parlement Nabih Berri, et le chef du gouvernement sunnite Najib Mikati. Il s'entretient ensuite avec les chefs des principales communautés musulmanes libanaises (sunnite, chiite, druze et alaouite).

Puis le souverain pontife s'adressera à plusieurs centaines de personnalités politiques, religieuses, et du monde de la culture pour un discours que le Vatican a présenté par avance comme important.

Le pape doit déjeuner au patriarcat arménien avec tous les patriarches et évêques. Plus tard, ce sera le deuxième moment fort de la journée: la visite au patriarcat maronite de Bkerké, et une rencontre avec des jeunes venus du tout le Moyen Orient.

Vendredi soir, le père Federico Lombardi, a expliqué, en réponse à de nombreuses questions sur la Syrie, que "le pape ne vient pas comme une puissance politique pour proposer des solutions qui ne sont pas de sa compétence".

Ce n'est pas une question de "peur" de prendre parti dans le conflit, a-t-il dit, en soulignant que le pape est "bien conscient de la situation dans lequel il vient": "tout ce voyage est en lui-même un message dans une situation de tensions et violences".

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