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Les petites attentions sont comme autant de preuves d’amour. Place de la République, un tram glisse, ses flancs ornés d’un message de bienvenue aux eurodéputés. Strasbourg s’accroche à son statut de capitale parlementaire européenne. Néanmoins, ce mercredi, sera soumis au vote en plénière un rapport d’initiative proposant que le Parlement européen puisse lui-même décider d’où il fixe son siège. Pour ne pas attaquer de front les pro-Strasbourg, le rapport ne précise pas où devrait être ce lieu unique. Mais tout le monde a lu le nom de Bruxelles entre les lignes.

Nombreux sont ceux qui estiment que le coût financier de la transhumance mensuelle de la caravane parlementaire entre Bruxelles et Strasbourg est intolérable – 204 millions d’euros et 19000 tonnes de CO2 par an, selon les estimations les plus hautes (et contestées) des pro-Bruxelles. Au coût du déplacement s’ajoute celui de la lassitude de ceux qui effectuent le déplacement chaque mois. “Pour moi qui suis séparé et père de deux enfants, c’est pénible de m’organiser pour être libre pendant quatre jours. Au début, on trouve que Strasbourg a son charme, mais pour moi qui y suis déjà venu quarante fois, il s’est étiolé”, confesse un fonctionnaire du Parlement. Qui, dans le même temps, souligne que règne à Strasbourg une atmosphère particulière les semaines de plénières. “Ici, tout le monde est loin de ses bases. C’est plus facile pour nouer des contacts.” “C’est vrai qu’il y a une dynamique en séance plénière, mais il est tout à fait possible d’instaurer cette culture à Bruxelles”, défend la vice-présidente du Parlement européen, la verte belge Isabelle Durant.

“Et pourquoi seulement le Parlement ?”

Les pro-Strasbourg (les Français en premier lieu, mais aussi certains Allemands, dont le président du Parlement Martin Schulz) ont dressé la ligne de défense. L’eurodéputée socialiste et ancienne maire de Strasbourg, Catherine Trautmann, doute que le Parlement puisse s’octroyer le droit de décider d’où il veut siéger. “Ce sont les traités qui fixent le siège des institutions européennes. Les institutions telles qu’elles sont réparties représentent un point d’équilibre.” Des propos qui trouvent un écho dans la bouche de l’Alsacien Joseph Daul, président du Parti populaire européen : “Si l’on ouvre ce débat, il faut aussi parler du siège de la Banque centrale européenne, de celui de la Cour de justice… Je ne sais pas si les chefs d’Etat et de gouvernement auront envie d’en discuter.” Le point va à Strasbourg.

Ce que confirme le chef de file des verts Daniel Cohn-Bendit, plutôt en faveur d’un siège unique à Bruxelles : “Sans véritable solution de remplacement, comme une université européenne de troisième cycle, la France ne sera jamais d’accord” d’abandonner Strasbourg. “Sans cela, tout ce qu’on propose, qui n’est pas idiot, est inutile.”