Le Pen ne choisira pas, mais ses électeurs arbitreront le second tour

AFP Publié le - Mis à jour le

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Les électeurs de l'extrême droite se retrouvent arbitres du second tour de l'élection présidentielle en France le 6 mai, après le score historique dimanche de Marine Le Pen (17,9%), qui devrait appeler à ne voter ni pour le président sortant ni pour son adversaire socialiste.

La dirigeante du Front national a obtenu 6,4 millions de voix, près d'un million de plus que le meilleur score jamais atteint par son père Jean-Marie lorsqu'il avait affronté Jacques Chirac au second tour en 2002.

Elle a enregistré des scores particulièrement élevés dans la place forte de l'extrême droite, le Sud-Est, où le discours du Front national (FN) contre l'immigration, l'islam et l'insécurité fait recette depuis 25 ans. Un discours qu'elle a renouvelé pendant la campagne en mettant surtout en avant les valeurs de la laïcité et de la République, afin de "dédiaboliser" son parti.

Elle est aussi souvent arrivée en seconde position derrière François Hollande sur les anciennes terres industrielles du Nord et de l'Est où elle est bien implantée maintenant auprès d'un électorat plus populaire et également sensible à son discours protectionniste et anti-européen.

Enfin elle a fait une percée dimanche dans des zones semi-rurales, comme dans l'est de la région parisienne, où elle dépasse 40% dans des villages à moins de 50 km de la capitale.

Son électorat s'élargit, avec une forte proportion d'ouvriers, d'employés, de jeunes non diplômés, mais aussi de classes moyennes qui ont peur du "déclassement social".

Pour avoir une chance de l'emporter, Nicolas Sarkozy doit donc récupérer la grande majorité de ces électeurs, dont une partie avaient voté pour lui en 2007, séduits par son discours sur le travail et le pouvoir d'achat, mais qui ont été fortement déçus par son quinquennat.

Selon les sondages réalisés dimanche soir, au maximum les deux tiers des électeurs de Marine Le Pen disent qu'ils voteraient Nicolas Sarkozy, alors que le candidat de la droite aurait besoin "d'un report de 80%", analyse le politologue Pascal Perrineau.

Et près de 20% pourraient voter François Hollande qui a dit vouloir "entendre" des "électeurs qui ont pu aller sur ce vote par colère". "Le Front national a été alimenté par la crise, les promesses non tenues, par la faillite morale", a renchéri la dirigeante du Parti socialiste Martine Aubry.

Mais Marine Le Pen a déjà clairement laissé entendre qu'elle n'appellerait à voter ni pour le président sortant ni pour M. Hollande. "Je n'ai rien à vendre, rien à négocier" a-t-elle asséné lundi soir sur la chaîne de télévision France 2.

"Je ne crois plus en la sincérité de Nicolas Sarkozy, c'est toujours des postures, des promesses, les mêmes mots, mais ça se voit maintenant", a-t-elle ajouté.

"Nous sommes désormais la seule véritable opposition à la gauche", avait-elle clamé dimanche soir.

Elle a indiqué qu'elle livrerait son "analyse" de la situation aux militants de son parti le 1er mai à l'occasion du défilé traditionnel du Front National à Paris en l'honneur de Jeanne d'Arc.

Les dirigeants du Front national misent sur une défaite du président pour tenter de faire exploser le parti présidentiel UMP (Union pour un mouvement populaire) aux législatives des 10 et 17 juin et recomposer la droite. "Sarkozy a perdu", lançait dès dimanche soir Jean-Marie Le Pen, père de la candidate et chef historique de l'extrême droite.

Même si le scrutin majoritaire lui est particulièrement défavorable (le parti n'a aucun député actuellement), le Front national espère conquérir des sièges. "Dans 353 circonscriptions nous pourrons nous maintenir" si le score y est le même que dimanche, a fait valoir Mme Le Pen. Dans une circonscription sur cinq elle a même dépassé le score de la droite et peut espérer sortir le FN du ghetto où son rôle protestataire l'a cantonné jusqu'ici.

Marine Le Pen sera candidate à Hénin-Baumont (nord) où elle a recueilli 35% des voix.

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