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Alors que New York fait de son pilote un héros, la Belgique a à peine entendu parler d’un autre exploit, réalisé par le pilote belge Frédéric Colson, qui a sauvé le 10 novembre 2008 la vie de 172 passagers et membres d’équipage en atterrissant en urgence sur la piste de Ciampino (Rome).

Le Boeing 737-800 de Ryanair avait lui aussi traversé une nuée d’oiseaux, avant de plonger tel un planeur vers la piste, les deux moteurs tournant au ralenti. A l’extrême limite du décrochage, soit une vitesse de 4 nœuds au-dessus, Colson avait eu le réflexe salvateur d’opter pour l’atterrissage plutôt que de tenter de remettre les gaz.

Quand l’avion se posa sur la piste, il ne fallut même pas évacuer les passagers. Mais on dénombra par la suite 250 impacts d’étourneaux sur le Boeing et on estima à 1 000-1 200 le nombre d’oiseaux qui avaient été ingérés par les deux moteurs.

Ryanair lui a octroyé un prix à Francfort (sa base) et offert de revenir à Charleroi. Mais Colson reste modeste. "On a eu beaucoup de chance", dit-il aujourd’hui. "Dans ce métier, on peut être le héros un jour et le trou du cul le lendemain".

Les leçons du "miracle" de l’Hudson

S’il y a une leçon à tirer de son expérience et de celle du pilote de la rivière Hudson, c’est que les pilotes servent à quelque chose et qu’ils peuvent, en dernier recours, faire le geste salutaire. Or l’évolution de ces dernières années tend à rendre les vols de plus en plus automatisés, et les jeunes pilotes n’ont pas toujours l’expérience suffisante pour manier un avion "à la main", c’est-à-dire sans pilote automatique.

"L’homme reste le dernier rempart quand tout se passe mal", dit Frédéric Colson. "Et dans mon cas, il a fallu décider vite. Nous étions chargés. Nous avions 166 passagers. Et les trente secondes d’incertitude furent particulièrement longues".

Le pilote belge, 44 ans, un ancien de Virgin et TNT, a dix mille heures de vol. Il est instructeur à Saint-Hubert. Il s’exerce régulièrement sur des petits avions et fait de la voltige. Son homologue américain, Chesley Sullenberger accumule, à 57 ans, les expériences. Il fut pilote de l’US Air Force, instructeur et président de la commission sécurité de l’association des pilotes américains.

L’autre leçon de l’incident de l’Hudson River est que les oiseaux continuent de poser un risque redoutable aux avions. La Force aérienne belge s’en souvient : à cause d’oiseaux, l’un de ses C-130 s’embrasa en bout de piste en juillet 1996, tuant ses quatre membres d’équipage et 28 militaires néerlandais. Pour éloigner les oiseaux, "on met des faucons, des pétards, des bruits stridents, des programmes de chasse, mais on ne pourra jamais empêcher un vol d’oies", dit Colson. "Il n’y a pas de risque zéro".

Les incidents liés à la présence d’oiseaux sont légion - 76000 dans le ciel américain entre 1990 et 2007 - mais le blocage des deux moteurs est rarissime.

Un label belge

Frédéric Colson fait partie d’une génération de pilotes belges, en partie formée par l’ex-Sabena, qui a excellente réputation dans le monde. Leur force : la maîtrise des fondamentaux. Un autre équipage belgo-écossais avait fait parler de lui le 22 novembre 2003 en réussissant à faire atterrir à Bagdad un Airbus A300 de la compagnie DHL touché par un missile sol-air.

Le capitaine Eric Gennotte et le premier officier Steeve Michielsen, tous les deux Belges, avaient volé pendant seize minutes au-dessus de Bagdad avec une aile en feu et des instruments de vol en partie déréglés. Ils avaient finalement atterri le long de la piste d’atterrissage, en plein dans un champ de mines. Eux aussi reçurent plusieurs prix internationaux, dont le Gordon-Burge Memorial Award.