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Après quatre jours de psychodrame politique, le professeur Giuseppe Conte est retourné à ses chères études et à son curriculum professionnel tant décrié dans la presse.

C’est au tour d’un autre professeur d’entrer en scène, Carlo Cottarelli, un économiste avec un peu plus de bouteille dans la gestion des affaires de l’Etat. “J’ai accepté le mandat de former un gouvernement comme me l’a demandé le président de la République”, déclare Carlo Cottarelli à peine sorti du bureau présidentiel ce lundi midi. “Je suis très honoré de recevoir ce mandat en tant qu’Italien et j’utiliserai toute mon énergie. Je présenterai un programme qui, en cas de confiance du Parlement, inclura le vote du budget de l’Etat, ensuite les Chambres seront dissoutes pour organiser des élections en 2019.”

Rassurer l’Europe

En d’autres mots, le gouvernement qui s’annonce sera formé d’une équipe de technocrates, qui ne proviennent pas du sérail politique. Ils seront chargés de stabiliser la situation économique avant un retour aux urnes. Ces ministres de transition s’engagent à ne pas se présenter sur les listes de partis politiques aux futures élections. “En absence de vote de confiance au Parlement dans les prochains jours, le gouvernement donnera sa démission immédiatement”, ajoute l’économiste de 63 ans, “son devoir sera alors limité à gérer les affaires courantes pour organiser des élections plus rapidement, après le mois d’août”.

Carlo Cottarelli a confirmé le rôle primordial de l’Italie au sein de l’Union européenne et de la zone euro. “Ces derniers jours, les tensions sur les marchés financiers ont augmenté, ainsi que le différentiel sur les intérêts de la dette; malgré cela l’économie italienne est en pleine croissance et les comptes de l’Etat restent sous contrôle.” Clairement Sergio Mattarella lui a demandé de rassurer les partenaires européens et les marchés boursiers, avant que la nouvelle tempête électorale s’empare du pays. Ce spécialiste des comptes de l’Etat promet d’assurer une gestion prudente des finances publiques.

Les partis montent aux barricades

Resté à la fenêtre depuis le début de la crise politique qui dure depuis quatre-vingt-cinq jours, le Parti démocrate, redimensionné par les élections du 4 mars, a décidé cette fois de descendre dans l’arène et de soutenir Carlo Cottarelli. “Nous devons aider le président Mattarella”, a déclaré Maurizio Martina, le secrétaire intérimaire du parti de centre gauche, “mais la situation est délicate et il est difficile d’imaginer que la législature se prolongera”. 

Une prise de position qui a immédiatement fait monter Matteo Salvini, le chef politique de la Ligue, sur les barricades. “Un parti qui a été puni par les Italiens (le Parti démocrate) revient au pouvoir grâce à Mattarella”, a-t-il lancé ce lundi dans une note officielle du parti, “cela n’est pas la démocratie, ce n’est pas le respect du vote populaire mais c’est la réaction des pouvoirs forts qui veulent que l’Italie reste une esclave, apeurée et précaire. Les prochaines élections seront un plébiscite, le vrai peuple et la vraie vie contre la caste et les seigneurs des marchés boursiers !” 

Son homologue du Mouvement Cinq Etoiles, Luigi Di Maio, a choisi les réseaux sociaux pour montrer son indignation, en demandant aux militants du mouvement d’exposer un drapeau italien à leur fenêtre en signe de protestation, “nous organiserons des manifestations dans les principales villes d’Italie”, annonce-t-il sur Facebook, “tout ce qui est possible pour affirmer pacifiquement nos droits et déterminer notre futur. Le 2 juin, jour de la fête de la République, je vous invite à venir tous à Rome où nous tiendrons un grand événement pour nous faire entendre et arrêter les mensonges qui circulent déjà sur notre compte.”

Une marche est prévue sur Rome le 2 juin prochain, l’Italie vit décidément l’une des crises politiques les plus noires depuis la naissance de la République.