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En plein chaos politique, le président italien Sergio Mattarella s'apprête lundi à désigner Carlo Cottarelli (photo), incarnation de l'austérité budgétaire, pour diriger le pays vers de nouvelles élections, après avoir imposé son veto dimanche à un gouvernement populiste clairement eurosceptique.

Exit Giuseppe Conte, ce juriste novice en politique que les chefs du Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème) Luigi Di Maio et de la Ligue (extrême droite), Matteo Salvini, majoritaires au Parlement, avaient proposé pour le poste de chef de gouvernement.

Il l'avaient chargé de présenter dimanche au président l'équipe devant appliquer à la troisième économie de la zone euro un programme commun anti-austérité et sécuritaire âprement négocié.

M. Mattarella a expliqué avoir validé tous les noms sauf celui sur lequel les deux alliés refusaient de transiger pour le portefeuille de l'Economie et des Finances: Paolo Savona, 81 ans, un économiste d'expérience mais clairement eurosceptique, qui considère l'euro comme "une prison allemande". Il évoque, dans un livre cité par la presse italienne, "un plan B pour sortir de l'euro si on y est contraint, de gré ou de force".

Le veto du président a déclenché la colère des partis antisystèmes : "Disons-le clairement qu'il est inutile d'aller voter, puisque les gouvernements ce sont les agences de notation, les lobbies financier et bancaire qui les font. Toujours les mêmes", s'est insurgé M. Di Maio.

"L'Italie n'est pas un pays libre, c'est un pays occupé financièrement, pas militairement, par les Allemands, par les Français et par les bureaucrates de Bruxelles", a rugi M. Salvini.

Le président a pourtant tenté de s'expliquer devant la presse : "La désignation du ministre de l'Economie constitue toujours un message immédiat de confiance ou d'alarme pour les opérateurs économiques et financiers".

Car vendredi, la Bourse de Milan avait terminé sur une nouvelle baisse de 1,54%, tandis que le spread, l'écart entre les taux d'emprunt à dix ans allemand et italien, avait atteint dans l'après-midi 217 points, son plus haut depuis décembre 2013.

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"M. Ciseaux" 

Et c'est justement dans la perspective de la réouverture des marchés financiers lundi que M. Mattarella a annoncé dès dimanche soir la convocation de Carlo Cottarelli, un économiste de 64 ans, ancien haut responsable du Fonds monétaire international (FMI) surnommé "M. Ciseaux" pour son rôle dans la réduction des dépenses publiques en 2013-2014 sous les gouvernements de centre gauche.

M. Cottarelli, actuel directeur de l'Observatoire des comptes publics, devrait être chargé de former un gouvernement technique qui n'a quasiment aucune chance d'obtenir la confiance du Parlement tant le M5S et la Ligue sont vent debout contre lui.

M. Salvini a dénoncé "un Monsieur Personne qui représente la finance internationale", et M. Di Maio "l'un de ces experts donneurs de leçons qui nous ont accablés en taillant dans la santé, l'éducation, l'agriculture...".

L'unique mission de M. Cottarelli devrait donc être de mener le pays à de nouvelles élections, dans un climat qui s'annonce électrique.

"Destitution"

"Après ce soir, il est vraiment difficile de croire dans les lois et les institutions de l'Etat", a fait valoir M. Di Maio, dont le parti avait obtenu plus de 32% des voix lors des législatives de mars. "D'accord, retournons aux urnes. Mais si j'obtiens 40% et que je reviens au Quirinal avec Savona, cela changera quelque chose?"

Très amer, il a annoncé sa volonté de mettre le chef de l'Etat en accusation devant le Parlement, pour obtenir sa destitution. Mais la Constitution ne permet de le faire qu'en cas de "haute trahison" ou "atteinte à la Constitution".

M. Salvini ne s'est pas prononcé sur cette éventuelle procédure et s'est en revanche résolument tourné vers les prochaines élections: "Voter servira dix fois plus la prochaine fois. Ce sera un référendum: on gagne ou on meurt".

Le chef de la Ligue est en pleine ascension: après avoir obtenu 17% aux dernières législatives, il est actuellement autour de 25% d'intentions de vote dans les sondages. Mais pour remporter les élections, il devra renouer avec ses alliés de droite et d'extrême droite, qui ont vivement critiqué le programme négocié avec le M5S.

Et dimanche soir, Silvio Berlusconi s'est rangé du côté de M. Mattarella: "Dans les circonstances actuelles, le premier devoir de tous est de défendre l'épargne des Italiens, en protégeant les familles et les entreprises de notre pays", a expliqué le vieux milliardaire dans un communiqué.

La présidente du Sénat, Maria Elisabetta Alberti Caselatti, a rappelé que de nouvelles élections ne changeraient pas forcément la donne: "Si nous retournons voter maintenant avec la même loi électorale, nous nous retrouverons dans les mêmes difficultés qu'aujourd'hui".

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