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Les vautours de la presse pipole ne l’ont jamais épargné. Pendant des années, on l’a décrit comme un prince maladroit et gauche qui ne parviendrait jamais à prendre en mains la direction de son microscopique Etat et, ajoutaient certains avec perfidie, il ne convolerait jamais en justes noces non plus car quelle jeune femme accepterait de lier son sort à celui d’un aussi fade héritier ? Comme d’autres membres du club des princes héritiers, le fils de Rainier III et de Grace Kelly a souffert de mille et un ragots sans pouvoir y répliquer personnellement mais il a fini par prendre sa revanche sur le destin. Perpétuellement dans l’ombre d’un père autoritaire et peu ouvert au partage des responsabilités, il a montré depuis six ans qu’il pouvait mener sa barque comme un vrai "grand".

Ce samedi, il boucle la boucle en passant la bague au doigt de Charlène Wittstock au terme d’un long stage de fiançailles. Et pour compléter ce portrait, il y en a qui ont dû tirer une drôle de tête en apprenant que Monseigneur à qui l’on prêta surtout des relations avec des mannequins et des comédiennes pour la galerie était déjà doublement père de deux enfants qui ne peuvent cependant prétendre au trône.

Mais il y avait aussi des doutes sur les capacités "professionnelles" d’Albert de Monaco, second du nom dans la Principauté, malgré un cursus scolaire normal qui l’avait vu passer son bac en juin 1976 au lycée Albert Ier avant de suivre une formation militaire sur le porte-hélicoptères Jeanne d’Arc en tant qu’enseigne de vaisseau de deuxième classe du cadre de réserve de la marine française. Albert poursuivit ses études en Grande-Bretagne avant de faire les sciences po à l’Université d’Amherst près de Boston, dans le Massachusetts. L’unique fils de Rainier III et de Grace paracheva sa formation dans de grandes banques et dans des entreprises réputées de l’économie française.

Hélas, à l’heure où il allait pouvoir récolter les dividendes de ces formations, le destin frappa lourdement le Rocher. La mort de la princesse Grace marqua d’autant plus le jeune prince que celui-ci avait toujours été très proche de sa mère. Et alors qu’une certaine stabilité familiale était nécessaire après la disparition de sa First Lady, le Rocher délaissa souvent la rubrique du Gotha pour celle des "people" avec les démêlés conjugaux de la princesse Caroline, suivis de drames plus personnels - comme la mort accidentelle de son second époux - mais aussi avec les frasques de la princesse Stéphanie.

L’on aurait pu penser que dès ce moment, Rainier aurait associé plus étroitement son fils à la direction du mini-Etat. Il reçut certes la présidence d’une série de "chochetés" locales mais l’on ne pouvait pas parler d’une véritable transmission du pouvoir, comme si son père ne lui faisait pas encore confiance.

Puisqu’on ne lui permit pas de se mettre en valeur, le jeune prince s’investit personnellement. D’abord dans le sport. Pas seulement comme dirigeant de luxe de différentes fédérations dont le comité olympique local mais aussi comme pratiquant affirmé lui-même.

Bigre, il participa à quatre Jeux olympiques avec l’équipe de bobsleigh et à deux reprises au Paris-Dakar, mais dans les premières années du rallye car se présentant comme ce "proche de la nature" ne serait plus très politiquement correct de nos jours. Cela dit, Albert est un monarque écologiste. Ce qu’il a lui-même résumé par une formule : "l’homme ne doit pas aller contre les forces de la nature mais puiser en elles pour raviver ses propres forces".

Bon sang (bleu) ne peut mentir : cette facette-là, Albert II l’a hérité de son arrière-arrière-grand père Albert Ier. Là où celui-ci avait échoué un siècle plus tôt, Albert II a pu atteindre le Pôle nord au terme d’une expédition en traîneau qui visait à alerter l’opinion publique sur les conséquences du réchauffement climatique.

Deux mois plus tard, par delà l’exploit sportif, il créa la Fondation Prince Albert II de Monaco dédiée à la protection de l’environnement et au développement durable. Le changement climatique, la biodiversité et l’eau en sont les trois axes fondamentaux.

Dans le même esprit, Albert II s’est rendu au Pôle sud avec l’aventurier-explorateur sud-africain Mike Horn. Et le voilà, premier monarque à avoir visité les deux pôles. Non sans en déduire un autre message à l’usage des générations présentes et à venir : "on ne protège que ce que l’on connaît bien. Il nous faut revoir notre mode de vie et aller à contre-courant de nos modes de consommation". Des directives qu’il s’efforce de traduire au quotidien.

Ah oui, encore une facette : Albert II n’est pas homme à se laisser dicter sa conduite. Depuis 2005, il s’est entouré de sa propre équipe dont il réclame un engagement total et sans faille. Et dont il ne doit nullement apprécier les "traîtres"