International Danemark Correspondant à Copenhague

L’attentat, commis mardi à Copenhague contre un historien très critique envers l’islam, a constitué une nouvelle attaque à la liberté d’expression à laquelle les Danois sont farouchement attachés. La victime, Lars Hedegaard, 70 ans, à la tête d’une association de défense de la liberté d’expression, est l’une des figures les plus connues dans le pays scandinave pour ses positions extrêmes contre les musulmans. Il a échappé par miracle au tir d’un inconnu devant la porte de son domicile.

"La liberté d’expression constitue une pierre angulaire de notre démocratie et nous la défendrons bec et ongles quel qu’en soit le prix", ont répété à l’unisson les hommes politiques de toutes obédiences, soutenues largement par la population. Cet attentat, dont la police ne connaît pas encore le mobile, a été rapidement attribué par les médias aux islamistes, très critiques face à ce qu’ils considèrent comme des attaques répétées contre les musulmans. Des attaques qui ont commencé le 30 septembre 2005 par la publication de douze caricatures controversées du prophète Mahomet, qui ont soulevé une tempête de protestations violentes dans le monde musulman contre le Danemark.

Kurt Westergaard, le caricaturiste de "Jyllands-Posten", a connu ces dernières années menaces de mort et tentatives d’attentat. Mais, en dépit de la peur au ventre après une attaque qui a failli lui coûter la vie en janvier 2010, le dessinateur à la retraite, vivant sous protection policière permanente, n’a pas changé d’avis. "L’attaque contre Lars Hedegaard est une attaque contre la démocratie, contre cette liberté d’expression qui nous est si chère, et que je défendrai jusqu’à mon dernier soupir", nous déclare-t-il. Certes, il "ne partage pas les idées trop extrémistes" de M. Hedegaard, mais "on doit avoir le droit de s’exprimer librement sans risquer sa vie", dit-il, sinon "il n’y a plus de démocratie". Et de rappeler que celle-ci "doit donner de la place à tous", y compris à ceux avec lesquels "on est en désaccord ou qui vous horripilent", estime-t-il, prenant l’exemple "des néonazis danois qui ont leur propre parti et leur propre radio qui diffuse librement" sur les ondes du royaume scandinave.

Les Danois sont "intraitables sur la liberté de s’exprimer. C’est ce qu’on constate du moins chez les politiques, qui ne veulent pas y renoncer malgré les menaces. La crise des caricatures de Mahomet en a été le grand révélateur", constate Rasmus Willy, chercheur à l’université RUC de Roskilde. Mais cette liberté d’expression, si âprement défendue, a "aussi ses limites", nous indique-t-il. Spécialiste du monde du travail, il note que "tout un chacun n’ose pas s’exprimer librement sur son lieu de travail". Le silence est souvent de mise. "Selon le syndicat des fonctionnaires publics et privés, FTF, les employés demeurent prudents et n’ouvrent pas la bouche pour critiquer par peur de représailles, sous forme de sanctions ou de licenciement."

Mais les Danois évoquent rarement ces limites. Ils font bloc depuis 2005 contre les extrémistes musulmans qui s’en prennent à leur liberté d’expression. L’agression contre Lars Hedegaard, au discours islamophobe, est selon eux, une nouvelle attaque inacceptable contre ce pilier de leur démocratie. Pour le caricaturiste Westergaard, cet attentat "montre qu’il ne faut pas baisser la garde. La liberté d’expression est toujours menacée, et il faut veiller à sa survie, qui est la survie de notre société".