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Le Parlement européen a décerné jeudi le Prix Sakharov pour la liberté d'expression à Raif Badaoui, un blogueur saoudien condamné, pour "insulte à l'Islam", à une peine d'emprisonnement de 10 ans, à 1.000 coups de fouet et à une amende. L'institution salue de cette façon le combat du jeune homme pour la liberté d'expression et pour le respect des droits fondamentaux. Le président du Parlement européen, Martin Schulz, et les chefs de file des groupes politiques ont choisi jeudi de récompenser M. Badaoui parmi trois finalistes du Prix Shakarov 2015, dont l'opposant russe Boris Nemtsov, tué en février, et l'opposition démocratique au Vénézuela, une coalition électorale formée en 2008 pour unir l'opposition contre le président Hugo Chávez.

Le Prix Shakarov existe depuis 1988. Il a été attribué l'an passé au gynécologue congolais Denis Mukwege pour son aide aux victimes de violences sexuelles au Congo. Ce sont des groupes politiques ou des groupes d'au moins 40 députés qui peuvent désigner des candidats.

Le prix sera officiellement décerné le 16 décembre lors d'une cérémonie à Strasbourg.

Le président du Parlement européen a pour cela demandé au roi d'Arabie de "libérer immédiatement M. Badaoui pour qu'il vienne chercher son prix", lors de l'annonce du prix Prix Shakarov 2015, acclamée par une "standing ovation" des eurodéputés.

M. Badaoui a "courageusement exprimé ses idées et ses doutes sur les règles de son pays" et "s'est battu pour la liberté de tous les Saoudiens", a ajouté M. Schulz dans un communiqué.

L'épouse du bloggeur a remercié le Parlement européen pour ce prix, parfois considéré comme l'équivalent européen du Prix Nobel de la Paix.

Il s'agit d'"un message d'espoir et de courage pour lui", mais aussi un message pour les autorités saoudiennes que "Raif n'est pas coupable", a ajouté Ensaf Haider qui vit au Canada avec ses trois jeunes enfants.

"J'espère que ce prix va aider à faire avancer" sa cause et permettre à Raif Badaoui de rejoindre sa famille, a encore précisé la jeune femme à l'AFP.

Emprisonné depuis 2012, M. Badaoui a été condamné fin 2014 à dix ans de prison et à cinquante coups de fouet par semaine pendant vingt semaines pour "insulte à l'islam". Ces châtiments corporels ont toutefois été suspendus en janvier 2015, en raison de l'indignation internationale.

Selon son épouse, il pourrait toutefois subir une nouvelle séance de flagellation dans les tout prochains jours.

Raif Badaoui avait subi une première séance de flagellation le 9 janvier, mais les suivantes avaient été repoussées, d'abord pour des raisons de santé, puis pour des motifs non précisés.