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CORRESPONDANT PERMANENT À PARIS

Réelle fin de règne ou simple stratégie de défense? C'était la question qui était posée lundi au tribunal correctionnel de Paris, à l'ouverture du procès du mercenaire Robert dit Bob Denard, qui est poursuivi pour association de malfaiteurs: une tentative de coup d'Etat aux Comores contre le président Djohar en 1995, que Bob Denard et ses hommes déposèrent puis qui fut remis en selle peu après par une intervention militaire française. Agé de 76 ans, Bob Denard souffre de la maladie d'Alzheimer et a été déclaré inapte à comparaître, une expertise lui ayant diagnostiqué des troubles neurologiques divers, dont des troubles de la mémoire. Mais les parties civiles le soupçonnent de vouloir fuir ses responsabilités.

«Si Bob Denard est capable de répondre aux questions des journalistes, il est également apte à répondre de ses actes devant la justice», a relevé l'avocat de l'ex-président comorien. Et, de fait, ce week-end, le vieux «chien de guerre» comme on l'appelle -mais lui préfère le surnom de «corsaire de la République»- a entonné une nouvelle fois son refrain préféré devant les caméras de télévision.

Bob Denard assure avoir toujours agi pour le compte des services secrets français, ou au minimum avec leur bénédiction implicite, leur «feu orange». Il accuse Paris de l' «abandonner» après s'être tant servi de lui pour ses barbouzeries inavouables et autres missions de diplomatie parallèle. L'Hexagone aurait cautionné ses agissements aux Comores, dont il fut longtemps l'homme fort et dont il se servit notamment pour briser, dans les années 70, l'embargo contre les ventes d'armes à l'Afrique du Sud de l'apartheid. Selon nombre d'observateurs, Bob Denard a effectivement été souvent l'homme des basses oeuvres de Jacques Foccart, l'omnipotent conseiller aux affaires africaines des présidents de Gaulle et Pompidou.

Paris au moins au courant

Le gouvernement français dément, bien entendu. Des commissions rogatoires aux Comores ont permis d'établir que le coup d'Etat manqué de 1995 avait été commandité par des leaders de l'opposition locale de l'époque. Elles ont montré aussi que Bob Denard s'y était impliqué pour des raisons plus financières que politiques: en l'occurrence pour récupérer ses biens immobiliers, dont il avait été chassé. Mais le financement de toute l'opération, qui a coûté 1,5 million d'euros, n'a jamais vraiment pu être mis au jour, ce qui peut susciter les soupçons. Et l'enquête a jugé «peu vraisemblable que les différents services français aient totalement ignoré le projet de Robert Denard».

Cet ancien fils de militaire, qui fut tour à tour quartier-maître de la Marine française, policier au Maroc avant l'indépendance, colonel de l'armée congolaise puis longtemps chef de la garde présidentielle aux Comores, n'en est pas à son premier procès. En 1993, il fut condamné à cinq ans de prison avec sursis pour une tentative de coup d'Etat au Bénin contre le président Kerekou, en 1977. En 1999, poursuivi devant les assises pour l'assassinat présumé du président comorien Abdhallah en 1989, il fut acquitté au bénéfice du doute.

Ce procès se distingue toutefois doublement des autres. Par le nombre de prévenus, d'abord: Bob Denard est jugé en compagnie de pas moins de 26 complices présumés. Par les peines encourues, ensuite: il risque cette fois jusqu'à dix ans de prison. C'est la conséquence d'une loi réprimant le mercenariat, qui fut adoptée par le Parlement français en avril 2003.

© La Libre Belgique 2006