Le référendum grec à travers les yeux des touristes

Que ce soit dans un café isolé au coin d'une ruelle d'Athènes ou en plein milieu de la place Syntagma, ça discute politique. Mais comment les touristesperçoivent-ils cette atmosphère? Reportage au cœur de trois lieux symboliques d'Athènes.

Maria Udrescu, envoyée spéciale en Grèce
Le référendum grec à travers les yeux des touristes
©AP

Le référendum qui tranchera dimanche sur la voie économique et géopolitique qu'empruntera la Grèce est sur toutes les lèvres des citoyens hellènes. Que ce soit dans un café isolé au coin d'une ruelle d'Athènes ou en plein milieu de la place Syntagma, ça discute politique. Mais comment les touristes, venus, eux, pour contempler les sites historiques et déguster un verre de rakomelo, perçoivent-ils cette atmosphère? Reportage au coeur de trois lieux symboliques d'Athènes.

Le référendum grec à travers les yeux des touristes
©Maria Udrescu

Le Vouli, emblème de la démocratie

Là où vendredi soir Alexis Tsipras, Premier ministre grec, demandait, sous l'acclamation des 25.000 partisans du "non" au référendum, d'envoyer "un message de dignité" , samedi matin, ce sont des dizaines de touristes qui étaient amassés devant le Parlement grec. Tour à tour, ils se prennent en photo avec les immobiles "evzones", gardes chargés de protéger la tombe du Soldat inconnu . C'est au tour de Théa, une Norvégienne arrivée ce matin à Athènes avec son compagnon, de prendre la pose. "Nous sommes allés dans un resto qui nous a servi des pâtes au fromage, faute de sauce tomate. Un effet de la crise?" , se demande-t-elle en riant. "Je suis curieuse de voir ce que la Grèce va décider. Je pense qu'elle devrait dire 'non', car son économie est beaucoup trop différente de la notre."

Quelques mètres plus loin, deux jeunes filles s'émerveillent devant la beauté du Vouli. "La Grèce a un potentiel énorme. Son héritage et son histoire sont d'une richesse incroyable. En Australie, nous n'avons pas une nation aussi bien établie. Voir un pays qui était autre fois l'Empire le plus puissant du monde se retrouver dans cette situation est un drame" , expliquent les deux Australiennes. "La solution actuelle a mené au désastre. Les Grecs devraient se tourner vers la nouveauté. La Grèce doit se réveiller" , se positionnent-elles.

Le référendum grec à travers les yeux des touristes
©Maria Udrescu

L'Acropole, vestige de l'Empire grec

Un bus touristique dépose quelques touristes aux pieds de l'Acropole, site antique où se dresse notamment le temple du Parthénon. Armés d'appareils photo et de chapeaux en paille, ils sont plus d'un million chaque année à visiter ces ruines. Assis sur un banc sous l'ombre d'un olivier, des Américains discutent de l'atmosphère qui règne à Athènes. "Je suis surpris de voir à quel point c'est paisible. Nous pensions qu'il y aurait des problèmes à cause de la situation. A part les manifestations d'hier soir, rien ne nous a semblé hors du commun" , s'étonne l'un d'entre eux.

Un calme qui choque Sarah, une touriste anglaise d'une cinquantaine d'années. "Si demain on me disait que mon compte en banque est bloqué, je serais en panique totale." Une vieille dame l'interrompt pour lui vendre une nappe qui retrace l'histoire du Parthénon, qu'elle refuse d'un geste exaspéré avant de reprendre. "Je compatis car si j'étais Grecque, je ne sais pas ce que je voterais. Le pays ne peut pas continuer à dépenser l'argent qu'il n'a pas. Mais ils ne peuvent pas non plus empirer la souffrance des Grecs par de nouvelles mesures budgétaires. Enfin..." Sarah ne termine pas sa phrase et lève les épaules.

Le référendum grec à travers les yeux des touristes
©Maria Udrescu

La place Monastiraki, myriade de boutiques, tavernes et sites antiques

Postés au milieu de la place Monastiraki, où s'élève la mosquée Tzistarakis, construite sous l'empire ottoman, Liz et Bryan ont les yeux rivés sur une carte d'Athènes. "Nous voulons tout visiter. Ce voyage est prévu depuis un an ", lance Liz avec un grand sourire. "Et dire qu'on a pensé à annuler le voyage. Les médias australiens ne cessent de répéter que les touristes ne peuvent pas retirer de l'argent, qu'ils se font braquer tellement les Grecs sont désespérés, que les croisières sont annulées, faute de pétrole pour alimenter les bateaux." Une fois sur place, la réalité est toute autre. "Le soleil brille, les restaurants ont les portes grand ouvertes, l'ambiance est chaleureuse."

Quelques pas plus loin, un couple français regarde la carte d'un restaurant traditionnel grec. Le patron de l'établissement embrasse chaleureusement son ami et lève le poing en répétant deux fois "oxi" ("non", en grec). "On sent l'approche du référendum" , observe Benoît. "Ce que j'en pense du référendum ? C'est une bonne chose, mais mon avis n'a pas d'importance. Finalement, qui sommes-nous pour décider de la souveraineté de la Grèce?"

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