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Au moins 86 Syriens sont morts asphyxiés, mardi, à Khan Cheikhoun, et plus de 557 personnes ont été contaminées par un gaz toxique. Des images insoutenables de civils suffocants, à même le sol, écume blanche aux lèvres, ont fait le tour du monde.

Paris, Londres, Berlin et Washington ont rapidement pointé "la responsabilité" du régime syrien dans cette attaque chimique contre la population de cette petite ville située entre Idlib et Hama, dans la zone tenue par l’opposition. Damas a démenti, comme toujours. Moscou, soutien indéfectible de Bachar al-Assad, a également nié l’utilisation d’armes chimiques par son allié.

Le Kremlin a donné sa propre version des faits : "D’après les données du contrôle russe de l’espace aérien en Syrie, le 4 avril de 11 h 30 à 12 h 30 [heure locale], l’aviation syrienne a frappé un entrepôt d’armes chimiques et d’équipement militaire des terroristes, situé dans l’est du village rebelle de Khan Cheikhoun", a déclaré le porte-parole de la Défense russe, Igor Konachenkov. "Dans cet entrepôt se trouvaient des ateliers pour la production de bombes chargées d’explosifs toxiques. Depuis ce grand atelier, les terroristes envoyaient des munitions contenant des substances chimiques en Irak." Les bombes du régime, selon Moscou, ne contenaient donc pas elles-mêmes d’agents toxiques.

A travers le récit de plusieurs acteurs de la crise syrienne en contact avec les habitants de Khan Cheikhoun, "Libération" a pourtant recueilli plusieurs éléments concordants qui battent en brèche la version russe et pointent l’usage direct d’armes chimiques par l’armée du dictateur syrien.

"Les habitants dormaient encore" quand les bombes ont atteint le quartier résidentiel du sud de Khan Cheikhoun, entre 6 h 40 et 6 h 50 du matin. "Dès 7 h, les hôpitaux de la ville étaient en alerte, raconte Raphaël Pitti. Deux passages de Sukhoi-22 ont été signalés, avec largage de missiles." Cet ex-médecin de guerre français s’est rendu dix-huit fois en Syrie depuis le début de la guerre, il y a six ans, avec l’Union des organisations de secours et de soins médicaux (UOSSM), pour transmettre son savoir-faire à des médecins, des infirmiers et des secouristes.

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