International

Plusieurs pays européens, dont le nôtre, sont depuis des années les hôtes involontaires d'inquiétants représentants du fondamentalisme islamique. Ces pays se scindent en deux catégories: il y a ceux qui sont avant tout ou ont été le théâtre d'attentats, comme la France, et ceux qui n'ont au contraire rien à redouter pour eux-mêmes car ils servent de bases arrières aux terroristes. Et doivent donc être «épargnés»... Parmi ces derniers pays: le nôtre, où jusqu'à la spectaculaire arrestation de Farid Melouk et de ses comparses, le 5 mars 1998, rue Wéry à Ixelles, le monde politique préférait habituellement ignorer le problème malgré les avertissements provenant de la Sûreté de l'Etat et de la cellule terrorisme de l'ancienne gendarmerie.

Conséquence: à l'étranger, la Belgique a longtemps donné l'image, avec la Suisse et le Royaume-Uni, d'être l'un des ventres mous de la lutte contre l'islamisme radical, en Occident, et cela même si, sur le plan judiciaire, les choses avaient en réalité été traitées avec sérieux.

TRÈS INTERNATIONAL

Si, comme on le lira ci-contre, la Belgique est désormais également en proie aux menées de membres de la tendance afghane, elle est néanmoins plutôt considérée, historiquement, comme un repaire des membres de la mouvance du GIA (Groupe islamique armé) d'origine algérienne. Elle a d'ailleurs connu trois «procès du GIA» (sans compter les procédures d'appel), tous nés de la découverte de tentacules passives de cette pieuvre terroriste. Le 20 novembre 1995, 13 inculpés ont ainsi été jugés pour avoir, le 1er

mars précédent à Bruxelles, été pris en flagrant délit de trafic et de recel d'armes. Un véritable arsenal. Principal condamné: Ahmed Zaoui, ancien cadre du FIS (Front islamique du salut) puis du GIA. Zaoui qui vient encore d'être condamné par défaut, à Paris (voir La Libre du 14/9)...

Le second «procès du GIA» belge s'était déroulé à Neufchâteau, les frères Ali et Youssef El Majda étant entre autres condamnés le 20 avril 1998 pour avoir, deux ans et demi plus tôt, blessé à la grenade un gendarme bastognard, à la suite d'un simple contrôle routier. Ils transféraient des fonds occultes et des armes. Le troisième procès, celui de Farid Melouk et de ses sbires, avait, dès son entame le 29 mars 1999, permis de mettre en évidence les contacts internationaux de ces filières, puisque l'appartement séditieux de la rue Wéry avait accueilli en mars 1998 des islamistes de plusieurs nationalités, notamment nordiques.

Melouk, qui avait fait feu sur les gendarmes venus le «cueillir» et chez qui on avait entre autres trouvé des explosifs et des détonateurs, avait écopé de 9 ans de prison. En plus des 7 autres auxquels la France l'avait condamné pour sa participation à l'un des attentats du RER parisien de 1995...

On avait également démontré, en 1998, que des contacts serrés existaient entre ce groupuscule «belge» et un autre, établi en Italie, à Cremone. Objectif: le renversement de la dynastie alaouite, au pouvoir au Maroc depuis l'an 1666 et dont les représentants modernes jugulent fermement l'activisme des «fous de dieu». Réseau international, vraiment, puisque le 26 mai 1998, de nombreuses perquisitions s'étaient conjointement déroulées en Allemagne, en Suisse, en Italie, en France et dans notre pays, avec toujours le GIA en ligne de mire.

UNE «MER DE SANG»

Une seule fois, en juin 1999, on avait pu croire que le terrorisme passerait à l'action, chez nous, lorsqu'un membre belge du GIA avait diffusé un «communiqué spécial au Roi des Belges Albert II», qui menaçait l'Etat de diverses destructions et les Belges d'une «mer de sang». Mais il était resté sans effet.

A noter encore que, plus anciennement, de 1984 à 1986, la Belgique avait également servi de base européenne à un réseau chiite iranien, à en croire les révélations faites au mois d'octobre 1997 par Karim Labidi, un Tunisien ex-membre de ce réseau «El Rissali».

Las: au-delà du terrorisme islamique, la Belgique accueille également - mot choisi - d'autres mouvements durs. Un seul exemple: le 10 septembre, un attentat suicide a fait 3 tués, en Turquie. Il a été revendiqué le lendemain par le DHKP-C, un «front-parti» terroriste d'extrême gauche. Mais il a été revendiqué au départ de Bruxelles, sans que cela ne suscite guère de réactions ici.

© La Libre Belgique 2001