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L’attaque sauvage qui a provoqué la mort de 305 personnes vendredi dans une mosquée du Nord-Sinaï est sans aucun doute l’une des plus meurtrières jamais perpétrées en Egypte. Les fidèles étaient venus en nombre pour participer à la grande prière hebdomadaire à la mosquée al Rawda du village de Bir al Abed, à quarante kilomètres à l’ouest d’Al Arich, la capitale provinciale. L’édifice est connu comme un lieu de rassemblement pour les musulmans soufis de la région. Les adeptes de ce courant mystique de l’islam sont considérés comme des hérétiques - d’autres courants aussi - par le groupe djihadiste Etat islamique (Daech), qui fait commerce sanglant de son intolérance radicale et qui, sans nul doute, allait revendiquer l’attaque. Celle-ci s’est produite en fin de matinée lorsqu’un commando a déclenché une explosion, avant que ses membres n’aillent vider les chargeurs de leurs armes automatiques sur une foule pacifique, impuissante, paniquée, traquée.

Une logique de substitution aux autorités

Ce carnage, à l’ampleur sans précédent en Egypte, souligne combien la lutte contre les groupes islamistes - parmi lesquels Daech - qui pullulent dans cette région semi-désertique et largement inhabitée est compliquée. Comment, en effet, réussir à prévenir ce genre d’attaque sur un tel territoire ? Comment garantir la sécurité de ses habitants alors que les forces de l’ordre ne sont elles-mêmes pas à l’abri des foudres djihadistes ? Les attaques contre les postes de police ou les infrastructures militaires y sont monnaie courante, surtout dans le nord de la péninsule. Le sud n’est pas épargné : on se souvient de l’attaque meurtrière revendiquée par Daech, en avril, à l’un des points de contrôle sur la route menant au monastère Sainte-Catherine.

L’avantageux inconfort de la clandestinité

Dans la péninsule, l’organisation djihadiste takfiriste s’appuie sur le groupe égyptien Gouvernorat du Sinaï, un nom adopté dans la même logique de substitution aux autorités légitimes que l’organisation faîtière avait suivie en Irak et en Syrie. Elle avait pris le contrôle de larges pans du territoire national de ces pays avant de les administrer à la manière d’un Etat. Ce groupe, préalablement connu sous le nom d’Ansar Beit al Maqdess (créé en 2011), avait changé de nom en novembre 2014 lors de son serment d’allégeance à Daech.

Parmi les autres groupes salafistes djihadistes connus, citons Jund al islam (les soldats de l’islam) ou Al Mourabitoun, qui sont plutôt affiliés à l’enseigne rivale, Al Qaïda.

Après avoir utilisé la manière forte en chassant du pouvoir, mi-2013, le président Mohamed Morsi et en donnant la chasse à ses Frères musulmans, le général - devenu depuis président de la république - Abdel Fattah al Sissi a pris le risque de repousser ceux-ci dans l’illégalité. Les plus radicaux de ceux qui se sont sentis trahis et marginalisés trouvent dans l’inconfort de la clandestinité et des vastes étendues désertes la meilleure couverture pour agir, avec le plus parfait effet de surprise et un impact maximal. Comme le montre l’attaque de vendredi.

Et ce n’est pas l’état d’urgence, rétabli dans tout le pays en avril à la suite des attaques meurtrières de Pâques ayant visé les chrétiens (45 personnes tuées dans deux églises coptes), qui suffira à endiguer le terrorisme islamiste comme l’espéraient alors les autorités égyptiennes.