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Deux semaines après les législatives américaines du 2 novembre, le scrutin a livré mercredi soir un verdict historique : en remportant contre toute attente l’élection sénatoriale en Alaska, Lisa Murkowski a non seulement tenu en échec la puissante machine du Tea Party, derrière lequel s’était rallié le Parti républicain, mais elle est devenue la seconde personne dans les annales américaines à remporter un siège au Sénat grâce à la procédure du "write-in". L’unique précédent est celui du Démocrate Strom Thurmond qui avait été élu en Caroline du Sud il y a plus d’un demi-siècle, en 1954.

La technique du "write-in" permet, dans certains Etats, à un candidat de se présenter à une élection même si son nom ne figure pas sur les bulletins de vote. La procédure a généralement été utilisée dans des circonstances exceptionnelles, par exemple lors du décès inopiné d’un candidat après l’impression des bulletins. Les électeurs ont alors la faculté d’inscrire le nom du candidat de leur choix sur le bulletin ou sur un document qui lui est annexé.

C’est ce qu’avait finalement décidé de faire Lisa Murkowski, quelques mois après avoir été battue de justesse dans les primaires du Parti républicain par Joe Miller, un avocat ultra-conservateur soutenu par le Tea Party. Ce mouvement populiste, dont un des maîtres à penser est l’ancien gouverneur de l’Alaska Sarah Palin, a brouillé le jeu politique aux Etats-Unis en réussissant à écarter du dernier scrutin quelques grandes figures de l’establishment républicain.

L’initiative de Mme Murkowski avait déclenché l’ire des conservateurs, prêts à tous les coups tordus pour la torpiller. Alors que la candidate faisait campagne en expliquant aux électeurs comment utiliser valablement le "write-in" et notamment comment orthographier correctement son nom (toute faute était susceptible d’invalider le bulletin), ses adversaires avaient encouragé les personnes qui portaient un nom vaguement ressemblant à se porter candidates pour induire en erreur les électeurs. Des Bartowski aux Murkovich, une centaine de candidats bidon se sont ainsi présentés, ce qui n’aura réussi qu’à retarder le dépouillement.

Si elle doit encore attendre la proclamation officielle des résultats et l’abandon par M. Miller des recours qu’il avait menacé d’introduire, Lisa Murkowski, 53 ans, est assurée d’ajouter un nouveau titre de gloire à son palmarès. Si l’on n’avait guère apprécié en Alaska que son gouverneur de père, Frank Murkowski, la nomme sénatrice en 2002, elle avait gagné par la voie des urnes deux ans plus tard, devenant tout à la fois la première femme d’Alaska jamais élue au Congrès à Washington et le premier sénateur de l’Alaska à en être originaire. Mme Murkowski est née à Ketchikan, la "capitale mondiale du saumon". Et comme le saumon, si l’on ose cette comparaison, elle vient de montrer qu’elle était parfaitement capable de remonter le courant.