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Les députés européens ont critiqué la nomination éclair de l’Allemand.

Qualifié de "House of Cards" européen, le "Selmayrgate" a connu un nouvel épisode ce lundi soir au Parlement européen, à l’ouverture de la plénière strasbourgeoise. Réclamé par les Verts et la Gauche unitaire européenne, le débat s’est tenu dans un hémicycle chauffé à blanc où pas un seul eurodéputé n’a défendu la nomination éclair de Martin Selmayr, ancien chef de cabinet du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, au poste de secrétaire général de l’institution.

L’histoire est désormais connue et le tour de passe-passe qui - en moins de 10 minutes ! - a fait passer Selmayr de chef de cabinet à secrétaire général adjoint pour pouvoir ensuite le désigner au poste brigué a déjà été commenté. Günther Oettinger, commissaire en charge de l’administration, était chargé de faire passer la pilule auprès du Parlement européen. Première et quasi impardonnable maladresse aux yeux d’une assemblée impatiente d’en découdre avec Jean-Claude Juncker en personne. Sur ce point, Oettinger a trouvé que le Parlement poussait le bouchon un peu loin puisque, a-t-il affirmé, c’est la conférence des présidents de groupes du Parlement européen qui l’a invité, lui, en tant que commissaire en charge de la gestion du personnel. "Si vous aviez demandé à Jean-Claude Juncker de venir, il serait venu." Dont acte.

"Je n’ai aucun doute sur le fait que Martin Selmayr dispose de toutes les qualifications requises pour exercer le poste de secrétaire général de la Commission", a défendu M. Oettinger. Mais ce n’est pas sur ce point que portaient les critiques des élus européens.

Le fond de l’affaire est la façon dont M. Selmayr a été nommé, et ce fond ne passe pas, même au sein du Parti populaire européen dont Jean-Claude Juncker est issu. "Nous nous tirons une balle dans le pied", a déploré la Française Françoise Grossetête. "Cette affaire jette le discrédit sur toute une institution. Quoi de mieux pour donner du grain à moudre à ceux qui dénoncent une Europe bureaucratique terrée derrière des portes closes ?"

Même son de cloche dans les rangs socialistes où le Polonais Boguslaw Liberadzki a déploré les conditions de cette nomination alors que "nous vivons à l’heure où les populistes travaillent 24 heures sur 24 à ébrécher la confiance en l’Europe".

Une "absence de bon sens politique" dénoncée avec plus de virulence encore par la libérale néerlandaise Sophie In ’t Veld pour qui "choisir entre la carrière de Selmayr et la crédibilité de l’Union est une erreur grave à laquelle il faudra remédier si la Commission veut que le Parlement continue à la soutenir". "Vous venez d'empirer les choses. Vous prenez les députés européens pour des imbéciles! "

Menaces sur la Commission

Une menace confortée par un tweet de Guy Verhofstadt, président des libéraux et démocrates : "Si la Commission n’est pas prudente, elle connaîtra le même sort que la Commission Santer", contrainte à la démission en 1999 après avoir perdu la confiance du Parlement européen.

Ce scénario ultime reste hypothétique à ce stade. Pour l’heure, l’affaire suit son cours y compris au Parlement européen puisque, dès avant le débat, il a été décidé à l’unanimité de charger la commission de contrôle budgétaire (cocobu) d’enquêter sur le cas Selmayr et de proposer une résolution au vote de la session d’avril. Sachant que la dite cocobu peut - si elle estime que la Commission n’est pas une institution intègre - proposer ni plus ni moins que de lui refuser la décharge budgétaire…