International Alors qu'Ebola continue sa noire traversée à travers l'Afrique de l'Ouest, portant à 2.400 le nombre de décès depuis le début de l'épidémie, continuant d'alimenter les fantasmes les plus fous et les paranoïas les plus grandes, The New York Times s'interroge sur l'utilisation potentielle du virus en tant qu'arme de guerre biologique. À l'origine de ce questionnement, l'agression à la seringue, cette semaine, commise contre un agent du FBI à l'aéroport international de Lagos, au Nigéria. 

Si la victime se porte bien et ne semble présenter aucun des symptômes du virus, cette attaque n'a pas manqué de réveiller les questionnements lancinants de chacun quant à l'utilisation d'Ebola comme arme de guerre biologique. Mais au delà des paranoïas et angoisses imaginaires (renforcées par le côté spectaculaire des symptômes du virus), quelles conséquences concrètes pourraient avoir lieu si un bioterroriste se prenait d'affection pour le virus? 

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Selon les experts américains qui se sont penchés sur la question, il serait extrêmement difficile pour un groupe terroriste de produire d'importantes quantités du virus Ebola et d'être à même de le manipuler pour en faire une arme de guerre biologique. "Ceux qui seraient tentés seraient plus susceptibles de se tuer en essayant de développer une telle arme" explique le Dr Philip K. Russell, général à la retraite qui fut aux commandes de la recherche médicale dans l'armée américaine. Produire une attaque de masse, décimant des populations entières sur d'importantes zones, serait donc plutôt retors pour les bioterroristes. Toutefois, rappelle le New York Times, une attaque plus menue, sur le même type opératoire que celle survenue à l'aéroport de Lagos, n'est pas à exclure. 

L'option kamikaze

Une autre manière de procéder serait le recours à la technique kamikaze. Des terroristes, infectés et contagieux, pourraient très bien se rendre dans des zones non-infectées et contaminer les populations. Pour cela, le groupe terroriste pourrait soit avoir recours à des personnes déjà infectées, et donc potentiellement condamnées, soit en contaminant volontairement des membres terroristes. "Si vous trouvez des gens prêts à mourir et à s'injecter le virus, vous n'avez pas besoin d'un laboratoire hautement sécurisé" explique le Dr Ryan C. W. Hall.


Un tel scénario serait rapidement endigué dans les pays développés et suffisamment équipés pour se prémunir d'une contamination à grande échelle. Néanmoins, pareil assaut aurait un effet psychologique énorme, instaurant une psychose collective et déclenchant une désorganisation économique. En effet, le virus, de par sa dimension contagieuse, ses quarantaines indispensables, ses symptômes impressionnants (vomissements, diarrhées, éruptions cutanées) et le sentiment, partagé et relayé par les ONG sur place, d'impossibilité à endiguer le phénomène, sont autant de facteurs pouvant déclencher l'hystérie collective. 

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La période d'incubation, un avantage pour les terroristes?

La fièvre hémorragique Ebola a une période d'incubation allant de 2 à 21 jours, selon l'OMS. Une personne pourrait donc être infectée et ne s'en rendre compte que deux semaines plus tard. "Un terroriste pourrait monter à bord d'un avion, contaminer les autres passagers et être déjà loin sans que l'on ne s'en soit rendu compte" poursuit le Dr Hall. "Contrairement à ce qui est généralement présenté pour acquis, rien ne dit qu'un terroriste volontairement infecté ne pourrait pas contaminer un assez grand nombre de personnes avant d'être identifié, ou de disparaître dans la nature" détaille un virologue français interviewé par Slate. Une version que ne partage pas le Dr Adalja, qui assure que les personnes infectées ne sont dangereuses que lorsqu'elles commencent à présenter les symptômes. Et à partir de ce moment là, il devient difficile de feindre la normalité.