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Angela Merkel a reconnu dimanche un score décevant pour son parti conservateur lors des élections législatives allemandes, remportées avec un score historiquement faible, alors que de premières critiques émergent sur le cap centriste de sa politique.

"Je me réjouis" de la victoire "mais ne tournons pas autour du pot, nous espérions un meilleur résultat", a-t-elle déclaré devant ses partisans à Berlin.

Selon les projections des chaînes de télévision, les conservateurs de la chancelière ont recueilli autour de 33% des voix, son plus mauvais score depuis qu'elle a pris la tête de la famille chrétienne-démocrate (CDU/CSU). Le précédent était de 33,8% en 2009.

Le mouvement, en recul de plus de 8 points par rapport aux précédentes élections législatives de 2013, a perdu des voix au profit de deux mouvements ayant fait campagne sur des positions plus à droite, à savoir le mouvement anti-migrants de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) et les Libéraux du FDP, également critiques à l'égard de la politique migratoire suivie jusqu'ici.

Selon les sondages réalisés à la sortie des bureaux de vote, l'AfD a pris un million de voix aux conservateurs d'Angela Merkel, environ 400.000 aux sociaux-démocrates et encore un million parmi les abstentionnistes.

"Nous sommes face à un nouveau grand défi, l'entrée de l'AFD au Bundestag", a admis la chancelière, promettant de "reconquérir ces électeurs et électrices" de l'Alternative pour l'Allemagne.

Au pouvoir depuis 2005, Angela Merkel ne va pas échapper à un vif débat en interne, où l'aile droite de son parti critique déjà depuis des mois sa politique d'ouverture à plus d'un million de réfugiés en 2015 et 2016, de manière générale, une politique trop centriste à ses yeux.

Dès dimanche soir, les appels à un virage à droite du prochain gouvernement ont émergé.

"Ne tournons pas autour du pot, le résultat de l'élection constitue une amère déception", a déclaré le président de l'aile bavaroise et conservatrice du parti de la chancelière (CSU), Horst Seehofer.

"Nous avons délaissé notre flanc droit et il nous appartient à présent de combler le vide avec des positions tranchées", a-t-il demandé. La CSU, qui a pendant des mois dénoncé la politique migratoire d'Angela Merkel, devrait se montrer particulièrement ferme dans les mois à venir car elle affronte des élections régionales en Bavière à l'automne 2018.

Les chrétiens-sociaux (CSU) ont eux aussi réalisé dimanche un score historiquement bas dans leur région, à environ 38%, sous la pression de la droite nationaliste.

La CSU devrait du coup probablement repartir à l'offensive pour exiger de la chancelière un plafonnement du nombre de demandeurs d'asile autorisés dans le pays chaque année, ce qu'Angela Merkel a toujours refusé jusqu'ici. Les chrétiens-sociaux bavarois réclament un maximum de 200.000 personnes chaque année.

Martin Schulz: avec sa campagne "scandaleuse", Angela Merkel a renforcé l'AfD

Le chef de file des sociaux-démocrates allemands, Martin Schulz, a jugé dimanche soir que la chancelière Angela Merkel portait une responsabilité dans le succès remporté par le parti populiste Alternative pour l'Allemagne (AfD) lors des élections fédérales de dimanche. "Je pense que Mme Merkel a mené une campagne scandaleuse", a-t-il dit dans une émission télévisée des chaînes publiques ARD et ZDF. "Son déni systématique a créé un vide que l'AfD a pu en partie remplir. Je crois que Mme Merkel porte une grande responsabilité pour cela."

L'AfD est devenu dimanche le troisième parti politique d'Allemagne et est aussi le premier parti à droite de la CDU à entrer au parlement depuis plus de 50 ans.

Le SPD de Schulz a à plusieurs reprises reproché à Angela Merkel de refuser de faire réellement campagne, misant sur la "continuité" et sur son bilan économique tout en évitant soigneusement les sujets pouvant mener au débat.

Déception et étonnement au sein des Allemands de Bruxelles dimanche soir

Le public rassemblé à l'ambassade d'Allemagne à Bruxelles a d'abord hué le pourcentage récolté par le parti populiste AfD avant d'applaudir le succès du parti libéral FDP, à l'annonce des résultats des élections fédérales allemandes dimanche soir. Le parti d'extrême droite se profile comme la troisième force politique du pays, tandis que les libéraux ont plus que doublé leur score des dernières élections en 2013. "Je ne suis pas surprise du résultat de l'AfD. Le gouvernement n'a pas assez tenu compte des problèmes des gens", estime Daniela Kuhn-Niemeyer, une juriste venue assister à la soirée électorale organisée par l'ambassade allemande à Bruxelles. "Mais je suis contente que les libéraux soient de retour."

Le FDP avait vécu un sévère revers électoral en 2013 et avait été éjecté du Bundestag. Avec 10,5% des voix selon les derniers pronostics de la chaîne publique ARD, ils pourraient faire partie d'une nouvelle coalition avec les conservateurs d'Angela Merkel (CDU), premier parti avec quelque 32,9% des voix, et les Verts (8,9%).

"Les deux grands partis ont perdu", note Jonas Risse, un jeune expatrié du secteur de l'énergie. "Je suis effrayée par les résultats de l'AfD", embraie Oda, son épouse.

"Mais les quatre années à venir promettent d'être plus palpitantes que les quatre dernières en termes de débat politique", poursuit-elle. L'opposition devrait en effet se voir renforcée si le SPD (20%) renonce à reconduire la "grande coalition" sortante, avec la CDU de Merkel, comme il l'a annoncé en début de soirée. Le parlement devrait compter sept partis, contre cinq précédemment. "Si le SPD se retrouve dans l'opposition, ils pourront contrer l'AfD."

"Une cure dans l'opposition permettrait aux sociaux-démocrates de se recentrer sur leurs fondamentaux et de se présenter comme une vraie alternative aux prochaines élections. Cela a marché pour le FDP", juge un autre eurocrate. Le score des libéraux a été applaudi par le public à l'ambassade.

"Tout le monde pensait que la grande coalition serait reconduite, mais les négociations (en vue de la formation d'une coalition) s'annoncent plus excitantes que prévu", commente Kristina, également active au parlement européen.

Quelque 200 personnes s'étaient rassemblées dimanche soir à l'ambassade allemande à Bruxelles pour "célébrer le fonctionnement de la démocratie", des mots de l'ambassadeur Rüdiger Lüdeking. Ce dernier avait prévu un concert de Boogie, musique américaine, et du crémant d'Alsace pour accompagner les traditionnelles saucisses grillées typiquement allemandes, comme il l'a relevé lors de son speech devant l'assemblée.

© AFP