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La participation belge à l’Expo universelle qui s’ouvrira à Shanghai, le 1er mai prochain, a décidément tout du vaudeville. Dernier rebondissement en date : la " démission " du commissaire général, Robert Urbain, annoncée lundi par la RTBF, et son remplacement par son adjoint (en théorie du moins), Leo Delcroix, auquel succède, dans ce jeu de chaises musicales, Luc Joris, médecin militaire à la retraite, mais inconnu au bataillon des vétérans de la Chine.

Le bourgmestre socialiste honoraire de Boussu justifie sa décision par des tensions devenues insupportables avec M. Delcroix et son entourage, sur fond de querelles communautaires. Du côté de l’ancien ministre CVP de la Défense nationale, on dément et l’on assure que c’est le PS qui a lui-même poussé M. Urbain vers la sortie en estimant qu’il n’était plus l’homme de la situation.

Le départ inopiné du commissaire général fait, en tout cas, un peu plus désordre dans une aventure qui a été jusqu’ici passablement chaotique. La tenue d’une Expo universelle à Shanghai (laquelle sera la plus grande jamais montée avec 70 millions de visiteurs attendus et plus de 200 pays ou organisations représentés) était officielle depuis le 3 décembre 2002, mais ce n’est que le 28 avril 2006 que le conseil des ministres décida de la participation de la Belgique à ce rendez-vous a priori "incontournable". L’exécution de cette décision fut ensuite si lente que notre pays prit un an de retard sur le calendrier fixé par les Chinois et faillit être finalement écarté. Il n’obtint " un ultime délai " qu’à " l’intervention décisive " de... l’assistante chinoise du consulat de Belgique à Shanghai, devait benoîtement admettre l’équipe Delcroix en présentant la maquette du pavillon belge à la presse, le 18 mai dernier (voir LLB du 19 mai 2009), présentation dont Robert Urbain était notoirement absent.

Dès le départ, les Flamands n’étaient guère enthousiastes à l’idée d’une participation "belge" à "Shanghai 2010". Ils l’étaient encore moins après la désignation de Robert Urbain comme commissaire général. Certes, l’ancien ministre du Commerce extérieur avait été plusieurs fois en Chine et était bien introduit dans les milieux d’affaires. Mais il traînait des casseroles (notamment ses liens étroits avec la Libye à une époque où le régime Kadhafi était traité en paria par la communauté internationale). Et beaucoup, selon nos sources, le trouvaient, à 78 ans, au mieux " distrait " ou " absent ", au pire " gaga " ou " sénile ".

Pour arracher la participation - et le financement - de la Région flamande et du monde des affaires du nord du pays (lequel domine de façon écrasante les échanges belgo-chinois), on eut donc l’idée de flanquer M. Urbain de Leo Delcroix. Un choix a priori étonnant car l’ancien trésorier et secrétaire national du CVP (l’actuel CD&V) s’était trouvé mêlé de près ou de loin, dans les années 1980 et 1990, à plusieurs scandales politico-financiers dont les affaires SuperClub (une chaîne de magasins de cassettes vidéo) et Smeerpijp (un collecteur d’eaux usées dans le Limbourg).

Faits de corruption ou financement occulte du parti, la justice ne put jamais réunir les preuves pour trancher, mais dans un cas - celui des "milieuboxen", quelque 2 millions de boîtes à déchets ménagers - Leo Delcroix fut condamné en correctionnelle à dix mois de prison avec sursis, à 7 400 euros d’amende et à cinq ans de déchéance de ses droits civils et politiques. Il fut, toutefois, acquitté par la cour d’appel d’Anvers, parce que les faits étaient prescrits.

Leo Delcroix prit tellement au sérieux son retour à l’honorabilité et à la visibilité que, tout en abattant un travail unanimement salué, il eut d’emblée tendance à oublier qu’il était "l’adjoint" et finit par se présenter en public comme étant le commissaire général. Si l’on peut poser ce mercredi la première pierre du pavillon belge, c’est, dit-on, largement grâce à lui.

Le retrait de Robert Urbain n’aura donc que peu d’impact concret. On explique, au demeurant, son éviction par le fait que l’ancien ministre se faisait une idée surtout protocolaire de son emploi (rémunéré 3 000 euros nets par mois, plus notes de frais). Il se voyait, disent ses détracteurs, couper des rubans et parader aux cocktails, alors qu’il fallait surtout trouver les 3,7 millions d’euros de sponsoring nécessaires pour boucler le budget du pavillon belge, estimé à 14 millions d’euros et financé pour le reste par le fédéral et les régions.

Dans ce contexte, le choix de Luc Joris pour jouer désormais les seconds couteaux aux côtés de Leo Delcroix laisse perplexe. Jusqu’à ce qu’une décision de justice, en novembre 2007, lui donne l’estocade en la privant des subsides des cigarettiers, l’homme, qui passe pour un proche d’Elio Di Rupo, dirigeait la fondation Rodin, vouée à combattre les assuétudes (tabac, alcool, jeu... Le PS a-t-il voulu procurer une nouvelle occupation valorisante à ce médecin, après que le ministre Marcourt l’eut déjà fait nommer, en décembre dernier, administrateur de la FN en qualité de représentant de la Région wallonne ?