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CORRESPONDANCE PARTICULIÈRE À NEW YORK

Face aux pressions croissantes de l'opinion publique américaine, l'administration Bush a décidé de retirer deux des 17 brigades de combat postées en Irak. Cette décision, préparée depuis plusieurs semaines, a été annoncée vendredi, avant-veille de Noël, par le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, qui rendait visite aux troupes stationnées à Falloujah. «Sur la recommandation du commandement militaire, en consultation avec nos partenaires de la coalition, le Président a autorisé un ajustement des brigades américaines de combats en Irak, qui vont passer de 17 à 15», a-t-il annoncé à quelques centaines de soldats réunis pour l'accueillir. Plus de 150000 soldats américains sont en Irak, et une brigade compte environ 3500 hommes. Rumsfeld a précisé que Bush avait donné le feu vert à un retour sous les 138000 hommes, le niveau des troupes avant la période des élections en Irak.

La veille, le premier ministre britannique Tony Blair avait lui aussi rendu une visite surprise à ses troupes, à Bassorah, dans le Sud du pays. Il a fait part de son optimisme quant à un commencement de retrait l'an prochain (il y a actuellement 8500 soldats britanniques en Irak), mais à la différence de Rumsfeld, il n'a fait aucune annonce concrète.

Le rêve de l'équipe Bush serait de pouvoir continuer cette décrue et passer sous la barre symbolique des 100000 hommes avant les élections législatives américaines de novembre. Donald Rumsfeld a annoncé que d'autres «ajustements» seraient discutés, une fois que le gouvernement issu des récentes élections serait installé.

Nouvel allié embarrassant?

Le dépouillement du scrutin du 15 décembre se poursuit, les résultats n'étant pas à attendre avant plusieurs jours. Selon une première estimation, l'Alliance irakienne unifiée, dominée par les deux partis chiites religieux (Dawa, du Premier ministre sortant, Ibrahim Jaafari, et le Conseil suprême de la Révolution islamique en Irak, de Abdel Aziz al Hakim) serait la grande gagnante de l'élection.

Maram, mouvement laïc qui coiffe divers groupes sunnites chiites et kurdes, conteste ce résultat préliminaire, dénonce des fraudes massives, demande une enquête internationale et exige la démission de la commission électorale. Vendredi, des milliers d'Irakiens, à Mossoul ou dans le sud de Badgad, ont manifesté après la prière de midi contre ce qu'ils considèrent comme une «tricherie». Un responsable de l'Onu, Craig Jenness, chargé de conseiller la commission électorale, a jugé qu'il n'y avait pas de raison de recommencer les élections, les plaintes ne portant que sur 5pc des urnes.

Les accusations de fraude et le risque de voir un gouvernement religieux, ami de Téhéran, prendre le pouvoir embarrassent pourtant les Etats-Unis. Au moment des élections, la Maison-Blanche exultait pourtant, vantant ce moment «historique». Dans un discours solennel, Bush annonçait la naissance d'un nouvel «allié». Et quand le présentateur de PBS osait l'interroger sur «le principal sujet du jour», à savoir les écoutes téléphoniques ordonnées par la Maison-Blanche sans mandat judiciaire, il l'envoyait sèchement paître: «Ce n'est pas le principal sujet du jour... Le principal sujet du jour, ce sont les élections en Irak!».

© La Libre Belgique 2005