International Amérique, pays d’opportunités. Terre de libertés. D’entreprendre, de croire, de réussir, de changer de vie. Univers des possibles. Où une simple idée peut vous rendre riche.

Des clichés ? Pas si vous demandez aux Américains – le 4 juillet, jour de la fête nationale, par exemple. A l’extérieur d’un bar de New York, non loin de Ground Zero, Kim arbore fièrement son bikini aux couleurs de la bannière étoilée. “Avant le 11 Septembre, j’avais du mal à trouver ce genre d’accessoires. Maintenant, il y a en partout”. Drapeaux, cravates et t-shirts ornés du même drapeau américain, avaient fleuri ce jour-là dans toutes les boutiques de souvenirs de Manhattan.

Nous fêtons la chance que nous avons de vivre dans ce pays”, explique cette Américaine de 38 ans, originaire de Caroline du Sud. Pour celle-ci, le 4 juillet est autant une occasion de se retrouver en famille et entre amis qu’un acte patriotique.

Le patron de l’établissement, Zbigniew Szymczyk, “Ziggy” de son petit nom, est d’origine polonaise. Naturalisé à dix-sept ans, il embrasse totalement les idéaux de sa nouvelle patrie. “Je ne voudrais vivre nulle part ailleurs “, dit-il, sûr de lui. Pourquoi ? Parce que les Etats-Unis restent, selon lui, une superpuissance incontestée. Il donne un exemple : “Quand le tsunami a dévasté l’Indonésie, la plus grosse partie de l’aide est venue des Etats-Unis. Pour la marée noire dans le golfe du Mexique, nous n’avons rien demandé ou presque, ce qui montre bien notre supériorité.”

Aussi bien Kim que Ziggy croient dur comme fer dans le rêve américain, aussi inabouti soit-il, en particulier pour les minorités raciales. Mieux, ils le vivent. Kim a quitté son emploi administratif dans une société de télécommunication pour devenir masseuse indépendante. “Je savais que je pouvais avoir un travail qui soit plus satisfaisant pour moi et pour les autres. J’ai changé ma vie, contre l’avis de mes proches”, dit-elle, inspirée.

Zyggy reconnaît que “l’obésité aux Etats-Unis nous tuera tous”, et n’a pas le temps de s’intéresser au changement climatique. “La vie est trop courte pour ça, et je n’ai pas d’enfants.” Mais ce patron d’une société de matériel radio et heureux propriétaire de “The Iron Horse”, un bar très “masculin” de Downtown, considère qu’il a lui aussi réalisé “son rêve” au pays de l’Oncle Sam.

Si un seul mot pouvait condenser la mentalité américaine, ce mot serait “réinvention”, résume Robert Thompson, professeur de culture populaire à l’université de Syracuse, dans l’Etat de New York. Il est bien sûr impossible de fondre dans le même moule un territoire grand comme un continent et peuplé de plus de 300 millions d’habitants, de toutes origines et conditions sociales. Souvent, devant la difficulté à saisir la complexité américaine, les observateurs européens l’ont réduite à quelques caractéristiques qui nous semblent les plus étrangères aux nôtres : la peine de mort, le port d’armes, la religion, la discrimination positive…

Autre différence fondamentale, la notion d’égalité n’existe pas telle quelle dans la Constitution américaine, une des plus vieilles au monde. L’Etat garantit, en revanche, une “déclaration des Droits” auxquelles les Américains sont très attachés, et qui fait la vivacité de leur système juridique.

Parfois virulent, voire violent, le débat sur l’identité américaine n’a pas cessé depuis l’indépendance de la nation en 1776 : guerre civile, fin de la ségrégation, vote des Noirs, quotas d’immigration, légalisation de l’avortement, conquête spatiale… Avec l’esprit de conquête et l’optimisme sans faille qui le caractérise, le Nouveau Monde poursuit toujours aujourd’hui sa quête d’une “union plus parfaite” – pensez à la réforme de la santé adoptée cette année – dont les droits individuels et la liberté d’entreprendre sont les moteurs.

Une âme de pionnier que Robert Thompson décrit avec humour : “Si l’on voulait faire une comparaison audacieuse, je dirais que la même sensibilité qui a poussé certains “pilgrims” à quitter l’Angleterre pour s’installer outre-Atlantique explique également pourquoi la chirurgie esthétique est une industrie qui génère des milliards de dollars. Dans les deux cas existe l’aspiration selon laquelle la vie peut être plus belle et que l’on peut devenir une nouvelle personne.”

Guy Sorman, essayiste français, partage sa vie entre les Etats-Unis et la France. Il est l’auteur notamment de “Made in USA”. “On arrive souvent aux Etats-Unis avec des paramètres qui sont européens, dit-il. Or, il faut venir, me semble-t-il avec la même curiosité que si l’on allait chez les Esquimaux, les Patagons ou les Japonais. C’est aussi exotique.

La plupart des auteurs et même des journalistes qui analysent la société américaine croient qu’ils sont en Europe. C’est une erreur et une source de malentendus. Croyants qu’ils sont en Europe, ils ne comprennent pas les débats sur l’avortement, sur la peine de mort, sur la protection sociale. Ils ne comprennent pas non plus que les mots ici n’ont pas la même signification. Ils ne racontent pas la même histoire.

Quand on parle de démocratie en Europe, on pense uniquement aux institutions politiques. Alors que la démocratie aux Etats-Unis, c’est beaucoup plus que les institutions, c’est une forme de relation entre les personnes, dans la vie de tous les jours. La religion en Europe est caractérisée par des Eglises plutôt centralisées souvent liées à l’Etat, alors qu’aux Etats-Unis, appartenir à une religion c’est participer d’une communauté totalement étrangère à l’Etat.

Il faut donc tout oublier quand on arrive aux Etats-Unis, se dire qu’on arrive sur la Lune, que c’est un autre monde qui ne fonctionne pas comme nous. Les Américains ne sont pas comme nous, ils ne seront jamais comme nous et nous ne serons jamais comme eux”.