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Des milliers de personnes défilaient samedi dans les rues de Paris et en province avec l'espoir de former une "marée populaire" contre la politique d'Emmanuel Macron, qui a prévenu par avance que "ça ne l'arrêtera pas".

Cette "super fête à Macron", dixit Jean-Luc Mélenchon, a rassemblé 250.000 personnes dans le pays, dont 80.000 à Paris, selon la CGT. La préfecture de police en a dénombré 21.000 à Paris.

Les manifestants ont défilé à l'appel d'une soixantaine de syndicats (CGT, Solidaires, Sud PTT, Unef...), partis politiques (La France insoumise, PCF, EELV, Générations, NPA...) et associations ( Attac, Amis de la terre, Mouvement de la paix...).

© AFP

Jugeant la manifestation "finalement assez mince", le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, a estimé sur BFMTV que, "peut-être", "un certain nombre qui pourraient allaient manifester n'y vont plus parce qu'ils craignent ce type de violences, ou peut-être aussi parce qu'ils commencent à voir les premiers effets de la politique menée par ce gouvernement".

La diversité des causes s'illustrait dans les slogans chantés par les manifestants - retraités, personnel hospitalier, chercheurs, salariés d'Air France ou d'Aéroports de Paris - rassemblés dans le centre de Paris, entre gare de l'Est et Bastille, en passant par République. "Macron, méprisant de la République", brocardait une pancarte ciglée PCF représentant Emmanuel Macron en monarque. "Mai 1968, Mai 2018: 50 fois plus de raisons de se révolter", affichaient des autocollants de Lutte ouvrière.

"Jupiter, on va te faire redescendre sur terre", "Macron usurpateur des voix du peuple de gauche", ou "SNCF mon amour", pouvait-on lire sur des pancartes nantaises.

Dans la capitale, la police a fait part de 35 interpellations, dont 26 gardes à vue. Des incidents ont brièvement éclaté entre des personnes encagoulées et les forces de l'ordre près de la Bastille, a constaté un journaliste de l'AFP.

Le comité Adama, formé en mémoire d'Adama Traoré mort par asphyxie en 2016 lors d'une interpellation, s'était placé en amont du cortège parisien avec dans ses rangs l'écrivain Edouard Louis, derrière une banderole dénonçant notamment "crimes policiers" et "gestion coloniale des quartiers".

Très représentée dans le cortège avec ses pancartes, ballons et drapeaux rouge, la CGT s'est mobilisée pour "une autre politique sociale car la politique pour les riches ça suffit!", selon Philippe Martinez, son secrétaire général.

"Peuple populaire"

Face au gouvernement, "formez ce front populaire dont le peuple a besoin", a exhorté Jean-Luc Mélenchon sur le Vieux-Port à Marseille, avant de défiler.

"Ne comptez que sur vous, il n'y aura pas de sauveur suprême", a lancé le chef de file des Insoumis et député des Bouches-du-Rhône, juché sur une caisse en bois. "Il faut que la tête dure de Monsieur Emmanuel Macron entende ce message du peuple populaire, comme on dit".

Dans la cité phocéenne, où les écarts de chiffres sont toujours grands, la police faisait état de 4.200 manifestants tandis que la CGT évoquait une mobilisation en hausse avec 65.000 manifestants, contre 58.000 le 14 avril et 45.000 le 22 mai.

Dans une ambiance bon enfant, entre 5.000 (police) et 8.000 personnes (organisateurs) ont défilé à Toulouse sous des bêlements de prétendus moutons, autour d'une pieuvre géante à l'effigie d'Emmanuel Macron, brandissant une étiquette de "fainéant", "cynique", "cheminot, "artiste", "précaire", "soignant" ou "retraité".

"Il était un petit Macron, il était un petit Macron, qui n'avait ja-ja-jamais galéré...", a chanté à Grenoble le cortège de manifestants (1.900 selon la police). Ils étaient 2.500 à Montpellier, 1.500 à Strasbourg, 1.200 à Lyon, selon la police.

A Nantes, des incidents ont éclaté lorsque le cortège de tête, composé d'une centaine de militants anticapitalistes vêtus de noir, est passé devant la préfecture, a constaté une journaliste de l'AFP. De nombreux manifestants arboraient un gant rouge, en soutien à l'étudiant de 21 ans qui a eu la main arrachée mardi sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes en ramassant une grenade.

"1.000 couteaux"

A l'inverse de la CGT, l'Unsa, la CFDT et FO ont refusé de participer aux défilés, comme le PS.

Emmanuel Macron a averti vendredi que la marée humaine, "ça ne nous arrête pas". "J'écoute les gens en permanence" mais "ça ne veut pas dire être la girouette de l'opinion publique et donc j'assume de ne pas présider à la lumière des sondages ou des manifestations parce qu'on l'a trop fait", a ajouté le président sur BFMTV, assurant que "ceux qui veulent manifester pour bloquer le pays" "ne le bloqueront pas".

Mais, pour le numéro un communiste Pierre Laurent, défilant à Paris, "la colère sociale est en train de monter" face à un pouvoir "qui n'écoute personne dans un système monarchique".

"J'espère qu'il y aura une belle marée populaire" contre les "1.000 couteaux brandis par Emmanuel Macron contre nos services publics, contre les solidarités", a souhaité Benoît Hamon, fondateur du mouvement Générations.

Pour Olivier Besancenot (NPA), "on va apprendre à M. Macron à ravaler son arrogance".