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L'opération au pied de Neymar a fortement mobilisé les médias du monde entier, mais au Brésil, une partie de la population préfèrerait que l'attention soit portée sur les graves problèmes économiques et sociaux qui touchent le pays.

Le talent de la star de la Seleçao n'est pas remis en cause, mais il pâtit de son image d'enfant gâté.

Le joueur le plus cher de l'Histoire a été opéré samedi à l'hôpital Mater Dei de Belo Horizonte, un établissement privé ultra-moderne où une aile entière lui a été réservée.

Mais de l'autre côté de la rue, les futures mamans qui vont accoucher dans la maternité publique Odete Valadares sont loin de bénéficier d'un tel confort.

Comme la plupart des hôpitaux publics au Brésil, la maternité est en sous-effectif et manque de toutes sortes d'équipements, notamment de lits.

Au Mater Dei, les murs sont immaculés, les vitres teintées donnent à l'établissement un air d'immeuble d'affaires huppé. Son toit est qui plus est muni d'un hélipad, que Neymar a utilisé pour quitter les lieux, direction une villa en bord de mer évaluée à 8 millions d'euros.

En face de l'hôpital privé, les parois rose pâle de la maternité publique sont totalement décrépites, recouvertes de tags et plusieurs fenêtres sont brisées.

"Il manque des lits dans le secteur d'urgence des nouveaux-nés pour répondre à la demande. Parfois, les mères doivent se coucher sur des brancards", a raconté un médecin de la maternité, dans un message publié sur Facebook le jour de l'opération de Neymar.

"À 50 mètres d'ici, à l'hôpital Mater Dei, Neymar va se faire opérer d'un orteil (...). Des hélicoptères survolent la zone sans arrêt et les médias ne parlent que de ça, alors qu'ici, nos patientes doivent attendre des heures pour se faire soigner", ajoute-t-il, jugeant la situation "honteuse" et déplorant un "manque de compassion".

Glamour et câlins

Pourtant, malgré la présence de dizaines de caméras des heures durant devant l'hôpital Mater Dei, la blessure de Neymar n'a jamais fait la une des journaux au Brésil, même des quotidiens sportifs.

"La santé est en crise (...) et nous avons aussi de gros problèmes d'insécurité qui n'ont pas l'attention qu'ils méritent dans les médias", a expliqué à l'AFP-TV Priscila Silveira, fonctionnaire de 28 ans habitant à Belo Horizonte.

Le Brésil a l'un des plus forts taux d'homicides au monde et compte, après deux ans d'une récession historique dont il s'extrait à peine, plus de 12 millions de chômeurs.

"Pour nous, c'est compliqué de voir que nous avons une figure publique si importante à l'étranger comme Neymar dans les médias, alors que nous souffrons tellement ici, avec des agressions tous les jours, l'éducation de mauvaise qualité, sans compter les problèmes de corruption", déplore Aderaldo Pulquerio, ouvrier de maintenance de 47 ans.

Il comprend toutefois que Neymar soit l'objet d'une telle attention en raison de son rôle clé au sein de la Seleçao.

A Rio de Janeiro, Geraldo de Oliveira, chauffeur de taxi de 62 ans, ne cache pas son mécontentement.

"C'est une petite chirurgie de rien du tout, d'un orteil. Quand ça nous arrive, nous, on ne se fait même pas opérer. On travaille toute la journée et parfois la nuit", affirme-t-il.

C'est à deux heures de route de Rio, dans la station balnéaire de Mangaratiba, que le crack a débuté sa rééducation, après avoir regagné sa villa somptueuse en jet privé dimanche.

Il a pour voisins de nombreuses célébrités, y compris certains hommes politiques accusés de corruption. Pas de quoi faire remonter sa cote d'amour auprès des Brésiliens, même s'il mise sur le glamour pour maintenir sa popularité auprès des jeunes.

Vendredi, à la veille de l'opération, il a publié sur Instagram une photo de lui en train d'embrasser sa petite amie, la célèbre actrice de télénovelas Bruna Marquezine, assise sur ses genoux dans un fauteuil roulant.