Les corps de Mouammar Kadhafi et de son fils Mouatassim à Misrata

AFP Publié le - Mis à jour le

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La dépouille du leader libyen déchu Mouammar Kadhafi, tué jeudi dans le dernier assaut contre sa région d'origine Syrte, était jeudi soir dans la ville de Misrata, ainsi que le corps de son fils Mouatassim, ont constaté des photographes de l'AFP.

Un photographe de l'AFP a constaté la présence du corps de Mouammar Kadhafi dans une maison à Misrata, où il a pu prendre une photo le montrant torse nu, le ventre couvert de sang, entouré de badauds prenant des photos avec leur téléphone portable.

Un autre photographe de l'AFP a par ailleurs vu dans cette maison le corps de l'un de ses fils, Mouatassim Kadhafi. Des témoins ont fait également état de la présence de la dépouille de l'ex-dirigeant dans la ville-symbole de la révolution libyenne. "J'ai vu le corps de Mouammar Kadhafi en fin d'après-midi" dans un centre commercial en périphérie de Misrata, a affirmé à l'AFP Hakim Al Farjany. "Son corps était dans une ambulance. Il avait une blessure à la tête, il avait du sang sur le corps et portait un bandage sur le ventre", a-t-il décrit. "Les gens ont commencé à affluer et former une foule, c'est là qu'ils ont décidé d'emmener le corps dans un autre endroit", a-t-il expliqué. A Misrata, l'annonce de la mort de Mouammar Kadhafi a été accueillie par des concerts de klaxons, des tirs de joie et des embrassades, selon des journalistes de l'AFP. Des feux d'artifice continuaient d'être lancés un peu partout dans la ville jeudi soir.

Le dictateur déchu en fuite Mouammar Kadhafi a été tué jeudi dans le dernier assaut contre sa région d'origine Syrte enfin libérée, ont annoncé les nouvelles autorités en parlant d'un "moment historique" pour la Libye après 42 ans de dictature. "Nous annonçons au monde que Kadhafi est mort aux mains des révolutionnaires" dans la région de Syrte, à 360 km à l'est de Tripoli, a indiqué à la presse le porte-parole officiel du Conseil national de transition (CNT) à Benghazi (est), Abdel Hafez Ghoga. "C'est un moment historique, c'est la fin de la tyrannie et de la dictature. Kadhafi a rencontré son destin", a-t-il dit. "Sa mort va mettre fin au bain de sang et au martyre de notre jeunesse".

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon s'est réjoui de l'annonce de la mort de l'ancien "Guide" déchu, y voyant "une transition historique pour la Libye", tout en ajoutant: "le chemin à parcourir pour la Libye et son peuple va être difficile et rempli de défis".

A Tripoli, le chef de l'exécutif du CNT, Mahmoud Jibril, a annoncé que la proclamation de la libération totale de la Libye sera faite au plus tard vendredi. "Abdeljalil (le chef du CNT Moustapha Abdeljalil, ndlr) va proclamer aujourd'hui ou au plus tard vendredi la libération du pays et donner des détails sur l'assassinat de Kadhafi", a-t-il déclaré.

Confronté à un soulèvement sans précédent contre son régime autoritaire, Mouammar Kadhafi, 69 ans, qui avait gouverné la Libye d'une main de fer pendant 42 ans, était en fuite depuis la chute de Tripoli en août. Il est le premier dirigeant arabe à avoir été tué depuis l'éclatement du "Printemps arabe". Plusieurs de ses proches, dont un de ses fils, ont été en outre soit capturés soit sont morts, selon les commandants du CNT.

Selon M. Ghoga, l'information de la mort de Mouammar Kadhafi "a été confirmée par nos commandants sur le terrain, ceux-là mêmes qui ont capturé Kadhafi alors qu'il avait été blessé lors de la bataille ce matin à Syrte" tombée aux mains des forces du CNT après plus d'un mois de combats sanglants. "Nous avons également des informations sur un convoi qui était bombardé par l'Otan alors qu'il fuyait Syrte. Certaines informations font état de la présence des fils de Kadhafi dans ce convoi, nous sommes en train de les vérifier", a ajouté le porte-parole officiel.

Mahmoud Jibril a indiqué que "des combats étaient en cours à Wadi al-Athr, près de Syrte". "Les Thowars (révolutionnaires) ont attaqué un convoi. Nous pensons que Seif al-Islam (un des fils de Kadhafi) serait dans ce convoi".

Un autre fils de Kadhafi, Mouatassim, a été retrouvé mort à Syrte, a indiqué à l'AFP Mohamed Leith, un commandant du CNT qui combattait dans la ville. "Nous l'avons retrouvé mort. Nous avons mis son corps ainsi que celui du (ministre de la Défense du régime déchu libyen), Aboubakr Younès Jaber, dans une ambulance pour les emmener à Misrata", a indiqué ce commandant qui avait annoncé plus tôt à l'AFP la capture puis la mort de Mouammar Kadhafi. Selon le Conseil militaire de Misrata, Mouatassim a reçu une balle dans la nuque et a eu la main coupée.

La mort de Kadhafi et la chute de Syrte devraient pousser l'Otan à mettre prochainement un terme à son opération Protecteur unifié, lancée le 31 mars. Une grande prudence était toutefois de mise jeudi après-midi au siège de l'Alliance, à Bruxelles, qui n'avait pas réagi officiellement à la brusque accélération de la situation sur le terrain. L'Alliance cherchait à confirmer les circonstances de la mort de l'ancien "Guide", a indiqué un porte-parole.

L'Otan a annoncé que des avions de l'Alliance avaient frappé deux véhicules des forces pro-Kadhafi à environ 08H30 (O6H30 GMT) dans les environs de Syrte. Selon l'Alliance, ces véhicules "menaient des opérations militaires et présentaient une menace claire pour les civils".

La France et le Royaume-Uni, fer de lance avec les Etats-Unis de l'opération militaire lancée le 15 mars à la suite d'une résolution des Nations unies sur la protection des civils, se sont félicités de la mort de Kadhafi. Nicolas Sarkozy a salué une "étape majeure" pour la libération de la Libye, tandis que David Cameron s'est dit "fier du rôle joué" par son pays dans la chute du "brutal dictateur". L'Union européenne a salué "la fin d'une ère de despotisme et de répression" en Libye.

La télévision libyenne "Libye Libre" à Tripoli a affirmé de son côté que "Mansour Daou (le chef des services de sécurité intérieure), et Abdallah Senoussi", le chef des renseignements libyens, avaient été aussi capturés à Syrte.

L'AFP a obtenu une photo de Mouammar Kadhafi le visage et les habits en sang. La photo a été prise à l'aide d'un téléphone portable. Une vidéo, également diffusée par l'AFP, montre la même scène avec Mouammar Kadhafi en treillis transporté par des combattants du CNT surexcités, tirant en l'air pour manifester leur joie.

A Syrte, un combattant, Mohamed Lahouaib Chabane, a affirmé à une journaliste de l'AFP avoir assisté à l'arrestation de Mouammar Kadhafi et indiqué qu'il lui avait pris son arme, un revolver en or. D'autres combattants pro-CNT ont montré à un photographe de l'AFP de grands cylindres en béton dans lesquels, selon eux, Kadhafi était caché avant d'être capturé.

Selon Khalifa Haftar, un responsable militaire du CNT, "Syrte a été totalement libérée". "Avec la confirmation de la mort de Kadhafi, la Libye est libérée".

Interpol et la CPI demandent au fils de Kadhafi, Seif Al-Islam, de "se rendre"

Interpol et la Cour pénale internationale (CPI) ont demandé à Seif Al-Islam Kadhafi, fils du leader Mouammar Kadhafi, tué jeudi, de "se rendre" pour "répondre des accusations contre lui", a annoncé l'organisation de police internationale dans un communiqué. La CPI avait émis le 27 juin des mandats d'arrêt contre Mouammar Kadhafi, 69 ans, son fils Seif Al-Islam, 39 ans, et son beau-frère, Abdallah Al-Senoussi, 62 ans, recherchés pour crimes contre l'humanité.

Le trafic aérien suspendu en Libye à cause des tirs de joie

Le trafic aérien a été suspendu jeudi à cause des tirs de joie en Libye après l'annonce de la mort du dirigeant déchu Mouammar Kadhafi, a annoncé le vice-ministre du Transport du Conseil national de transition (CNT), Faouzi Bettamer. "Pour préserver la sécurité des passagers, nous avons décidé de suspendre les vols internes et internationaux, après l'annonce de la mort de Kadhafi, en raison des tirs nourris d'armes légères mais aussi de canons anti-aériens", a déclaré M. Bettamer à l'AFP "Les vols reprendront demain si la situation se calme", a-t-il dit. Une partie de l'espace aérien libyen, fermé depuis la mise en place en février d'une zone d'interdiction aérienne décrétée par l'ONU, a rouvert la semaine dernière au trafic de vols commerciaux.

L'interdiction par les autorités de Tripoli des tirs de joie, s'est avérée vaine. Des dizaines de combattants pro-CNT paradaient dans des pick-up, tirant en l'air avec différents types d'armes, de la kalachnikov à l'artillerie lourde. Ces tirs de joies avaient fait plusieurs victimes parmi les habitants à Tripoli. Des voitures circulaient jeudi à Tripoli en rappelant par haut parleurs que les tirs de joie étaient "haram" (interdits par l'islam), selon une fatwa prononcée récemment par Sadok Ghariani, un dignitaire religieux respecté par les Tripolitains.

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