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Le député britannique eurosceptique Jacob Rees-Moog, à la tête des partisans du Brexit chez les Tories (Conservateurs), envisage le déclenchement d'un vote de confiance contre la Première ministre Theresa May. Pour lancer un tel vote, il faut toutefois que 15% des députés conservateurs à la Chambre des communes le demandent.

Au sein des Tories, le projet d'accord est loin de faire l'unanimité. Les partisans du Brexit craignent qu'il n'oblige le Royaume-Uni à se plier aux règles de l'UE pendant des années, et l'empêche de véritablement couper les liens. "Avec cet accord, nous allons rester dans l'union douanière, nous allons rester, de fait, dans le marché unique", a notamment déploré Boris Johnson, estimant que cela ferait du Royaume-Uni un "Etat vassal" de l'UE.

Pour Jacob Rees-Mogg, le projet d'accord est une "trahison" des engagements pris par Theresa May sur le Brexit et sur le maintien d'un traitement identique entre l'Irlande du Nord et le reste du pays.

5 démissions

Cet accord suscite un grand scepticisme et une mutinerie dans le propre camp de Mme May, ce qui s'est traduit jeudi par cinq nouvelles démissions: celle du ministre britannique du Brexit Dominic Raab, celle de Shailesh Vara, secrétaire d'Etat pour l'Irlande du Nord (province britannique dont le sort est au coeur des ultimes discussions sur le retrait), celle de la ministre du Travail Esther McVey, celle de la secrétaire d'Etat chargée du Brexit Suella Braverman et enfin celle de la secrétaire parlementaire Ann-Marie Trevelyan.

"Aujourd'hui, j'ai démissionné de mon poste de ministre du Brexit. Je ne peux pas en toute conscience appuyer les conditions proposées pour notre accord avec l'UE. Voici ma lettre au Premier ministre expliquant mes raisons", a partagé Dominic Raab sur Twitter.


"Je ne peux pas soutenir l'accord de retrait conclu avec l'Union européenne", a pour sa part expliqué Shailesh Vara, secrétaire d'Etat pour l'Irlande du Nord, dans sa lettre de démission publiée sur son compte Twitter.


Quant à la ministre britannique du Travail et des Retraites, Esther McVey, elle a aussi annoncé jeudi sa démission. "L'accord que vous avez présenté au cabinet hier (mercredi) ne reflète pas le résultat du référendum" de juin 2016, où 52% de Britanniques s'étaient prononcés pour la sortie de l'UE, a écrit la ministre, qui avait elle-même voté pour la sortie de l'UE, dans sa lettre de démission publiée sur son compte Twitter.


Suella Braverman, secrétaire d'Etat britannique chargée du Brexit, a été la quatrième à annoncer sa démission. "Je me trouve maintenant dans l'incapacité de soutenir sincèrement l'accord approuvé hier par le cabinet", a-t-elle expliqué dans sa lettre de démission publiée sur son compte Twitter, déplorant "les concessions" consenties à Bruxelles.


Enfin, la secrétaire parlementaire Ann-Marie Trevelyan a elle aussi fait part de sa démission sur Twitter.

Theresa May sort la menace d'un non Brexit

Ebranlée par les démissions en série de son gouvernement, la Première ministre Theresa May a averti jeudi les députés britanniques qu'ils avaient le choix entre soutenir son projet d'accord de divorce conclu avec l'Union européenne ou risquer une sortie sans accord, voire pas de Brexit du tout. "Le choix est clair: nous pouvons choisir de partir sans accord, risquer qu'il n'y ait pas de Brexit du tout ou choisir de nous unir et soutenir le meilleur accord que nous pouvions négocier, cet accord", a dit Mme May.

L'hypothèse d'un non Brexit pourrait se concrétiser en cas de tenue d'un second référendum, dont l'idée a gagné du terrain ces derniers mois, et qui renverserait le résultat de la consultation de juin 2016. Mme May est fermement opposée à la tenue d'un tel référendum.

Le compromis avec l'UE prévoit un "filet de sécurité" ("backstop" en anglais), solution de dernier recours prévoyant le maintien de l'ensemble du Royaume-Uni dans une union douanière avec l'UE ainsi qu'un alignement réglementaire plus poussé pour l'Irlande du Nord, si aucun accord sur la future relation entre Bruxelles et Londres n'était conclu à l'issue d'une période de transition de 21 mois prévue après le Brexit, le 29 mars 2019, et prolongeable une fois.

"Le régime réglementaire proposé pour l'Irlande du Nord présente une menace très réelle pour l'intégrité du Royaume-Uni", a expliqué Dominic Raab, ministre britannique du Brexit qui vient de démissionner, qui s'oppose également à un backstop "de durée indéfinie". Mais Mme May a fait valoir qu'aucun accord avec Bruxelles ne serait possible sans cette assurance. "L'UE ne négociera aucun partenariat futur sans elle", a-elle dit aux députés.

Une volée de critiques

L'ex-chef du parti europhobe Nigel Farage, l'un des principaux artisans du Brexit, a salué la défection de M. Raab. "Bravo Dominic Raab, encore quelques autres (démissions) et nous serons débarrassés de cette hypocrite Première ministre", a-t-il twitté.

Le projet d'accord doit encore être voté en décembre par les parlementaires, une fois entériné lors d'un sommet européen le 25 novembre à Bruxelles. Une tâche loin d'être gagnée d'avance au vu des divisions de son Parti conservateur et des sévères réserves exprimées par son allié, le petit parti unioniste nord-irlandais DUP, dont l'appoint est indispensable pour avoir une majorité absolue. Quant au Parti travailliste, il a laissé entendre qu'il ne voterait pas le texte.

La livre sterling a chuté après l'annonce de la démission de Dominic Raab. Vers 10H00 GMT, une livre valait 1,2777 dollar, son plus bas depuis le début du mois, contre 1,2992 dollar mercredi soir vers 22H00 GMT, soit une baisse d'environ 1,5%. "Il semble que la livre soit désormais un baromètre de la capacité de la Première ministre à conserver son poste", a jugé James Hughes, analyste pour Axitrader.

"La démission de Dominic Raab marque la fin du projet d'accord de la Première ministre", a estimé la députée europhile conservatrice Anna Soubry, pour qui Mme May doit maintenant envisager de partir. "Nous avons besoin d'un gouvernement d'unité nationale, et nous en avons besoin maintenant", a-telle ajouté sur Twitter.

La chancelière allemande Angela Merkel s'est dite "très contente" qu'un accord ait été trouvé. Le Premier ministre français Édouard Philippe a jugé que le projet d'accord était "un grand pas" mais que des "inquiétudes" demeuraient sur son adoption finale, notamment en raison de "l'actualité politique britannique".

Le président du Conseil européen Donald Tusk a lui annoncé un calendrier serré jusqu'à la tenue d'un sommet le 25 novembre pour signer le texte. "Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que cet adieu soit le moins douloureux possible", a-t-il déclaré.

Parallèlement, la Commission devait continuer de discuter avec le Royaume-Uni de la déclaration politique sur la future relation entre Londres et l'UE qui doit accompagner l'accord de retrait.

© AFP