International Selon Human Rights Watch, des manuels scolaires critiquent les autres courants de l’islam ainsi que les juifs et les chrétiens.

La doctrine wahhabite, indissociable du pouvoir royal saoudien, est bien connue pour son approche littérale et rigoriste de l’islam sunnite. Depuis quelques années, elle est pointée du doigt, avec le courant salafiste, pour avoir inspiré certains groupes d’activistes parmi les plus intolérants, sectaires, extrémistes, voire criminels, qui ont jamais été en lien avec la religion musulmane.

L’Arabie saoudite, qui ne permet pas l’exercice public d’un autre culte que l’islam, diffuse dès lors - dès le plus jeune âge - une certaine idée de l’intolérance religieuse, d’après Human Rights Watch, qui a étudié les manuels saoudiens servant au cours de religion dans les écoles publiques. D’après l’ONG, ces manuels contiennent "un langage incendiaire à l’égard des religions et des traditions islamiques qui n’adhèrent pas à l’interprétation (wahhabite) de l’islam sunnite".

"Ces manuels scolaires dénigrent les pratiques religieuses soufies et chiites et qualifient les juifs et les chrétiens d’‘incroyants avec lesquels les musulmans ne devraient pas s’associer", pointe Human Rights Watch (HRW) dans un communiqué diffusé mercredi.

L’ONG a passé en revue tous les manuels scolaires de religion prévus pour l’année 2016-2017 et dispensés par le ministère de l’Education. Et son constat est édifiant. "Certains contenus qui avaient d’emblée provoqué une controverse généralisée pour leurs enseignements violents et intolérants suite aux attaques du 11 septembre 2001 demeurent dans les textes actuels, malgré les promesses d’officiels saoudiens d’éliminer tout langage intolérant", constate HRW. Cette recherche menée sur les cours de religion saoudiens, précise l’ONG américaine de défense des droits de l’homme, fait partie d’une enquête plus large, portant sur la diffusion par les officiels et religieux saoudiens de discours de haine et d’incitation à la violence, et devant nourrir un prochain rapport.

Promesses de réforme répétées mais creuses

L’organisation donne plusieurs exemples de ce qu’on trouve dans les manuels de religion. Le programme du second semestre du manuel de cinquième année qualifie ainsi les juifs et les chrétiens de "païens" ou d’"incroyants originels" et insiste qu’il est du devoir des musulmans de les excommunier. "Et celui qui ne le fait pas, ou qui doute de leur infidélité religieuse, est lui-même un incroyant", poursuit le texte mis en exergue par HRW.

Depuis les attentats américains, dans lesquels quinze des dix-neufs pirates de l’air impliqués étaient de nationalité saoudienne, l’Arabie saoudite a subi de nombreuses pressions, en particulier de la part des Etats-Unis, afin qu’elle réforme ses cours de religion. En dépit des promesses saoudiennes répétées d’engager ces réformes, les enquêtes précédentes réalisées sur les douze dernières années ont montré que celles-ci étaient "creuses", note Human Rights Watch. L’organisation relève encore qu’en février dernier, le ministre de l’Education saoudien a admis qu’une "refonte plus large des cours" était toujours nécessaire, sans proposer de date à laquelle celle-ci serait terminée.