International Le chef de la diplomatie des Emirats arabes unis a réaffirmé ce que son pays et ses "partenaires" attendent du petit émirat, soumis à un isolement diplomatique et économique. La menace de nouvelles sanctions contre Doha couve toujours.

Les Emirats arabes unis ont réclamé un "changement d’attitude" du Qatar, et non un "changement de régime". "Nous ne cherchons pas un changement de régime, nous cherchons un changement d’attitude, pas de (sa) politique indépendante, mais dans (son) soutien à l’extrémisme et au terrorisme", a déclaré lundi à Londres le ministre d’Etat émirati des Affaires étrangères, Anouar Mohammed Gargach, lors d’une intervention devant le centre de réflexion Chatham House. Ces propos ne sont pas neufs - son homologue saoudien, Adel Al-Jubeir, avait encore, le 6 juillet à Paris, invité le Qatar à "changer sa politique" - mais ils ont le mérite de souligner l’effet de "sur-place" dans l’actuelle crise du Golfe.

Le 5 juin, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, le Bahreïn ainsi que l’Egypte annonçaient avec fracas la rupture de leurs relations diplomatiques avec le Qatar, auquel ils imposaient un blocus économique maritime, aérien et terrestre. Cette mise sous pression du minuscule et riche émirat avait pour objectif déclaré de le contraindre à renoncer au financement de groupes islamistes extrémistes ou terroristes, dont le Hamas palestinien et les Frères musulmans. Il s’agissait aussi de faire rentrer le Qatar dans le rang, ses politiques diplomatique et économique étant jugées trop ambitieuses et trop peu solidaires de ses partenaires arabes du Conseil de coopération du Golfe (CCG) - qui rassemble l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, le Bahreïn, le Koweït, le Qatar et Oman.

Des déclarations incendiaires

M. Gargash a aussi profité de cette tribune londonnienne pour réfuter les révélations du "Washington Post" selon lesquelles les Emirats arabes unis sont responsables de la cyberattaque qui aurait visé, fin mai, l’agence de presse qatarie. Le quotidien américain, citant des responsables du renseignement américain, a révélé lundi que ce piratage visait à inonder les réseaux sociaux et les sites d’informations de l’agence qatarie de déclarations "incendiaires" de l’émir.

A l’origine de l’isolement du Qatar, les propos attribués à l’émir qatari, cheikh Tamim ben Hamad al Thani, qui rompaient avec l’habituel consensus régional sur certains sujets délicats. Celui-ci y présentait le groupe islamiste Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza, comme le "représentant légitime du peuple palestinien" et l’Iran chiite, comme un "allié stratégique" dans le Golfe. Des propos très mal reçus dans les monarchies arabes du Golfe dans la mesure où la République islamique chiite est le principal ennemi de l’Arabie saoudite, chef de file du monde sunnite, et aussi d’Israël, qui cherche des appuis auprès des pétromonarchies afin de constituer un "rempart stratégique" arabe pour se protéger de l’Iran.

Le spectre de nouvelles sanctions

Le Qatar avait tenté de minimiser l’impact des déclarations attribuées à son émir en admettant avoir été victime d’une cyberattaque de son agence nationale d’information. Les accusations à l’encontre des Emirats ne sont pas les premières. Deux jours après le début de l’isolement, le Kremlin en avait rejeté d’autres, relayées par CNN qui s’appuyait sur des "enquêteurs américains", selon lesquelles le piratage émanait de hackers russes.

Jusqu’ici, le Qatar se refuse à plier sous la pression de ses voisins. Doha, qui importe la plupart de ses biens de consommation mais qui a déclaré avoir des réserves alimentaires pour un an, a déclaré "irrecevables" les treize demandes (assorties d’un ultimatum aujourd’hui dépassé) qui lui ont été adressées le 22 juin, parmi lesquelles figure la fermeture de chaîne de télévision Al Djazira. Nul ne sait si le refus catégorique du Qatar poussera ses voisins à lui imposer d’autres sanctions, pourtant promises au début de ce mois.