International Les Européens s'apprêtent à jeter l'éponge dans leur médiation diplomatique avec l'Iran et à réclamer la saisine du Conseil de sécurité de l'Onu, lors d'une réunion qui aura lieu ce jeudi après-midi au ministère allemand des Affaires étrangères à Berlin.

Des représentants du Royaume-Uni, de la France, de l'Allemagne sont attendus à Berlin, de même que Javier Solana, Haut représentant de l'Union européenne (UE). La réunion sera immédiatement suivie d'un coup de téléphone collectif à la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice.

«Nous passons à une approche internationale», relève-t-on à Bruxelles alors qu'à Londres, le Premier ministre britannique Tony Blair a jugé mercredi «probable» que le Conseil de sécurité de l'Onu soit saisi.

La reprise par l'Iran de ses recherches nucléaires sur l'enrichissement de l'uranium mais aussi l'échec d'une médiation russe ont convaincu les Européens que la ligne rouge avait été franchie. «En septembre dernier, le consensus européen était déjà là mais les Russes étaient réticents», explique un diplomate. «Ce n'est plus le cas aujourd'hui.»

A Berlin, les Européens devraient rappeler à l'Iran qu'ils ont tenté la voie diplomatique depuis 2003, basée sur la coopération, mais que l'Iran est maintenant en rupture avec «ses obligations» découlant du Traité de non-prolifération (TNP).

L'Iran revendique de pouvoir développer un programme nucléaire civil; les Occidentaux doutent de ses intentions strictement pacifistes.

Les Européens vont appeler à une réunion extraordinaire du conseil des gouverneurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), qui aura lieu probablement fin janvier-début février. Ses 35 pays membres seront chargés de saisir le Conseil de sécurité, lequel pourrait, selon le scénario envisagé, renvoyer le dossier à l'AIEA avec des responsabilités nouvelles.

Cinq lettres à Téhéran

D'ici là, les Occidentaux vont chercher à consolider le consensus au Conseil de sécurité. Fait remarquable, les ambassadeurs des cinq grandes puissances (Chine, Russie, Etats-Unis, France et Royaume-Uni) ont remis chacun, samedi à Téhéran, une lettre d'avertissement dont les termes varient peu, selon Washington et Bruxelles. Ces lettres n'évoquaient pas cependant une saisine du Conseil de sécurité, ni la menace de sanctions économiques.

Grâce à la hausse des prix pétroliers, l'Iran dispose d'un surplus budgétaire confortable. L'UE est son principal partenaire commercial avec 35,1pc des exportations en 2004, suivie du Japon (12,3pc), de la Chine (9,1pc) et de la Corée du Sud (5,7pc). A l'inverse, l'Iran est le sixième exportateur de produits énergétiques dans l'Union.

Il y a donc peu de chances que les Occidentaux plaident pour un embargo commercial, sinon dans des segments très restreints comme les technologies en matière d'exploitation du gaz et de transformation du pétrole.

© La Libre Belgique 2006