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Des enfants roms mis de côté à l’école en Italie, des médecins qui refusent de soigner des patients à cause de leurs origines en France, des femmes interdites d’accès au centre de fitness parce qu’elles portent le voile en Allemagne : autant d’exemples qui illustrent le maintien de certains préjugés. En effet, le racisme persiste en Europe, particulièrement à l’encontre des migrants et des minorités ethniques, Africains noirs et Roms en tête. C’est ce qu’a révélé le Réseau européen contre le racisme (Enar) la semaine dernière, la veille de la journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale, en précisant que "la perception du public par rapport aux minorités ethniques dans la plupart des pays reste négative" .

Musulmans : les plus affectés

Le rapport, qui couvre la période allant de mars 2011 à mars 2012, se base sur des données issues de vingt-huit pays européens. L’Enar rend compte de ses observations dans huit secteurs, dont le marché de l’emploi, la santé et l’accès aux biens et services.

"La discrimination envers les musulmans est largement répandue dans de nombreux pays européens" , indique le rapport, dont un chapitre entier est consacré à l’islamophobie. Elle se traduit sous différentes formes, allant de l’interdiction de construire des mosquées aux actes de violences et de vandalisme. Et touche particulièrement les femmes, "à cause de leur tenue vestimentaire" , nous dit Sarah Isal, membre d’Enar.

Causes variées

Diverses raisons peuvent expliquer ce rejet. Parmi elles, les attentats du 11 septembre 2001 et l’influence des politiciens, selon Michaël Privot, directeur d’Enar. En effet, les partis politiques, aussi bien extrémistes que traditionnels, tiennent de plus en plus souvent des discours "antimusulman et anti-immigration".

Morten Kjaerum, directeur de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne, rappelle pourtant la richesse que peuvent offrir les minorités. "Ces personnes apportent à notre société la diversité, qui est un moteur non seulement pour le changement social, mais également pour la croissance économique."

Ce regain de discrimination pourrait d’ailleurs être une conséquence de la crise. Les coupes dans les dépenses publiques ont amoindri l’efficacité des lois et des politiques antidiscriminatoires. Morten Kjaerum dénonce ce constat. "L’écroulement social issu de la crise économique mondiale ne doit pas devenir une excuse pour ne plus lutter contre le racisme et les préjugés."

L’Enar appelle les gouvernements européens à adopter des mesures efficaces contre "les discours et crimes de haine" et encourager la diversité religieuse et culturelle. "A travers ce rapport, précise le président d’Enar, Chibo Onyeji, nous espérons démontrer le besoin urgent d’action dans l’ensemble de l’Union européenne, afin de surmonter les barrières et les défis qui entravent une véritable égalité."