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Comme nous l'écrivions le 18 novembre, depuis l'élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, le rôle des réseaux sociaux dans la propagation de fausses informations  est interrogé.

Groupe informel chez Facebook

Alors que Mark Zuckerberg, fondateur et PDG de Facebook, a tenté de minimiser l'impact de son réseau social dans le choix électoral des Américains, une partie de ses employés semblent considérer le contraire. Certains auraient formé un groupe de travail informel pour étudier les réponses possibles au phénomène selon le site Buzzfeed. Ce dernier a livré plusieurs enquêtes fouillées sur la propagation des fausses informations durant la campagne électorale.

Les frondes des employés de Facebook seront-elles en mesure de faire évoluer la position officielle des dirigeants du réseau social, qui compte plus de 150 millions d'utilisateurs aux Etats-Unis ? Selon Buzzfeed, qui a pu parler à cinq d'entre eux sous couvert d'anonymat, ils seraient plusieurs centaines à être insatisfaits de la position officielle de Mark Zuckerberg et plusieurs dizaines à s'être réunis deux fois au cours de la semaine écoulée dans le but de dresser une liste de recommandations afin de juguler la propagation des fausses informations sur leur plate-forme. La seule concession consentie pour l'instant par la direction de Facebook est de priver les sites propageant des fausses informations de son outil de monétisation Facebook Audience Network.

Suspension de comptes Twitter

Parallèlement, Twitter a suspendu plusieurs comptes de personnalités de l'ultra-droite américaine - auto-baptisée "alt-right" (droite alternative) aux Etats-Unis. La plate-forme de micro-blogging a également activé une fonctionnalité intitulée "Mute Words" ("Masquage de mots")  permettant de masquer les notifications contenant certains mots ou mots-clés. Une manière de juguler la diffusion de messages à caractère raciste ou injurieux contre certains utilisateurs.

La réplique des activistes de l'ultra-droite ne s'est pas fait attendre. Tout en criant à la censure, les utilisateurs des comptes supprimés se sont rabattus sur le réseau social alternatif Gab, créé en août par Andrew Torba. Cette plate-forme qui autorise les messages de 300 caractères (deux fois plus que Twitter) compterait déjà quelque 56 000 utilisateurs.

Un cinquième de comptes robots

Alors que six adultes américains sur dix s'informent désormais via les réseaux sociaux, le site Buzzfeed a mis en lumière que, durant la campagne américaine, les trois principales pages Facebook de l'ultra-droite américaine publiaient des fausses informations dans 38% des cas contre 20% pour la gauche radicale.

De son côté, la Ligue anti-diffamation (ADL) américaine a comptabilisé 2,6 millions de tweets antisémites en langue anglaise, publiés par 1,7 million de comptes sur la période allant d'août 2015 à juillet 2016.

Une étude de l'Université de Caroline du Sud , réalisée de mi-septembre à mi-octobre, a également révélé que près d'un cinquième (3,8 millions sur 20 millions) des messages sur Twitter relatifs à la campagne électorale américaine avaient été générés par des comptes-robots.

Des sites pro-Trump en Macédoine

Les journalistes Craig Silverman et Lawrence Alexander ont recensé plus de cent sites pro-Trump gérés depuis la Macédoine. Le quotidien "The Guardian" en a identifié quelque cent cinquante.  Leur vocation n'était pas politique mais purement commerciale : chaque clic sur ces sites génère des revenus publicitaires. Et pour attirer les internautes sur ces sites, Facebook et ses liens sponsorisés servirent de vecteurs durant la campagne présidentielle américaine - un utilisateur américain valant quatre fois le prix d'un utilisateur du reste du monde selon le rapport d'activité de Facebook. 

5000 à 10 000 dollars par mois

Les adolescents qui gèrent ces sites "ont compris que le moyen de générer un maximum de visites était de répandre leurs articles sur Facebook, et que la meilleure façon d’obtenir des partages sur Facebook était de publier des contenus sensationnalistes et souvent faux destinés aux partisans de Donald Trump" concluent Silverman et Alexander. Certains gagneraient ainsi 5000 dollars par mois.

Un journaliste du "Wall Street Journal" Caitlin Dewey a rencontré un "producteur" de fausses informations  qui lui a affirmé gagner quelque dix mille dollars par mois via AdSense, l'outil de monétisation de Google, uniquement en produisant des rumeurs et informations mensongères via divers sites. Lui aussi assure que la meilleure cible était constituée par les pro-Trump, plus prompts à partager les contenus abondant dans leur sens.

Certaines de ces fausses informations ont été partagées plus de 250 000 fois sur Facebook, y compris par Eric Trump, le fils du président élu.