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Le gouvernement a dévoilé mardi sa réforme des retraites, la cinquième en France en 20 ans, qui va mettre à contribution actifs, entreprises et retraités, officialisant un allongement de la durée de cotisation afin de combler un déficit évalué à 20 milliards d'euros en 2020.

Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a indiqué que la durée de cotisations requise pour une retraite à taux plein serait progressivement relevée, d'un trimestre tous les trois ans à partir de 2020. Elle atteindra 43 ans en 2035: il n'y a "pas d'autre solution", a-t-il expliqué, assurant qu'il n'y aurait pas d'allongement ultérieur, au-delà de 2035. La durée de cotisation est actuellement fixée à 41,5 ans pour la génération 1956.

Cette mesure "s'appliquera à tous: salariés du privé, fonctionnaires et agents des entreprises publiques", a précisé Jean-Marc Ayrault. Pour des économies plus immédiates, les cotisations vieillesse acquittées par les entreprises et par les salariés seront augmentées progressivement sur quatre ans: 0,15 point en 2014, puis 0,05 supplémentaire en 2015, 2016 et 2017, soit au final 0,3 point pour les actifs comme pour les employeurs en 2017.

Le gouvernement a finalement renoncé à augmenter la contribution sociale généralisée (CSG), un impôt qui a une large base, pour financer le déficit des régimes de retraite, une piste qui avait paru s'éloigner avec le débat sur le poids de la fiscalité en France. Une hausse de la CSG "pèserait sur l'ensemble des ménages, elle n'a pas été créée pour financer les retraites", a déclaré le Premier ministre.

"Ce sont donc les cotisations sociales qui seront sollicitées à un faible niveau et progressivement. C'était d'ailleurs les voeux des organisations syndicales de salariés", a-t-il ajouté. Avec cette réforme, le gouvernement compte faire des économies à hauteur de 7,3 milliards d'euros en 2020 pour le régime général (salariés du privé).

Cet apport, assuré en grande partie par la hausse des cotisations vieillesse - 4,4 milliards d'euros - permettra de compenser le déficit du régime général, évalué à 7,6 milliards d'euros en 2020. L'équilibre de tous les régimes sera atteint en 2040. L'opposition de droite a aussitôt réagi, Jean-François Copé, président de l'UMP, estimant que la réforme allait "pénaliser le pouvoir d'achat des salariés".

M. Ayrault a également confirmé la création d'un compte mis en place à partir de 2015 pour les salariés exerçant des métiers pénibles, une revendication chère aux syndicats. Il permettra à ces salariés de suivre une formation pour se reconvertir, travailler à temps partiel en fin de carrière ou partir plus tôt à la retraite. Lundi, le patronat s'était félicité d'avoir obtenu une "ouverture" du gouvernement sur la baisse du coût du travail.

Tout à son objectif d'inverser la courbe du chômage d'ici la fin de l'année, le gouvernement ne veut pas "casser" par des hausses de prélèvements le rebond fragile de la croissance qui est intervenu au second trimestre (+0,5%).

Jean-Marc Ayrault a qualifié la réforme qu'il a présentée de "responsable", "juste", "équilibrée" et "structurelle", assurant qu'il avait eu "à coeur d'écouter tous les partenaires sociaux".

Lors d'une ultime concertation à Matignon lundi et mardi, le chef du gouvernement avait donné des gages à ses interlocuteurs - syndicats comme patronat - soucieux de s'assurer un large soutien sur un dossier traditionnellement source de crispation.

Mais dès la fin de l'intervention de M. Ayrault, la CGT, premier syndicat français, a affirmé qu'elle n'avait pas été "entendue", maintenant la journée de mobilisation du 10 septembre, fixée avec trois autres organisations pour protester contre l'allongement de la durée de cotisation.