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Si elle n'a pas été approuvée par la Russie, la frappe par les Etats-Unis de la base aérienne syrienne d'al-Chaayrate, dans la province centrale de Homs, a au moins bénéficié de son consentement tacite, estime Xavier Follebouckt, chercheur à l'UCL et spécialiste de la Russie.

Message de Trump au monde

L'attitude de l'administration Trump dans ce dossier est "symbolique", analyse pour sa part Olivier Corten, professeur de droit international à l'ULB. A ses yeux, elle envoie le message que "les Etats-Unis peuvent frapper quand ils le veulent, où ils le veulent et quand ils l'estiment nécessaire". La base militaire syrienne a été frappée durant la nuit par 59 missiles Tomahawk tirés par des navires américains se trouvant en Méditerranée orientale. Elles interviennent après une attaque chimique présumée dans la localité de Khan Cheikhoun, imputée au régime syrien par Washington, et démentie par Damas, dont le régime est soutenu par la Russie.

L'attaque chimique embarrasse toutefois très fort les Russes, qui s'étaient entendus avec les Etats-Unis sur le démantèlement du stock syrien de ces armes en 2013, selon M. Follebouckt. Après un bombardement au gaz sarin en août de cette année-là qui avait fait plusieurs centaines de morts dans des faubourgs de Damas, le régime de Bachar el-Assad s'était engagé à éliminer son arsenal chimique pour la fin juin 2014 et avait adhéré à la Convention pour l'interdiction des armes chimiques.

La Syrie avait alors déclaré posséder 1.290 tonnes d'armes chimiques, dont 300 tonnes de gaz moutarde et du sarin, et disposer de 23 sites. La résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies (2118) entourant ce démantèlement prévoyait par ailleurs la possibilité pour cet organe de prononcer des sanctions si Damas ne respectait pas ses engagements.

Message de Poutine à Assad

"Il y a sans doute un message de Vladimir Poutine, qui veut montrer à Bachar el-Assad que tout n'est pas permis et qu'il faut payer la conséquence de ses actes", relève encore ce chercheur à l'UCL.

En ayant prévenu la Russie de cette attaque, l'administration Trump s'est livrée à une frappe "symbolique", à une "démonstration de force" et fait comprendre qu'elle se reconnait compétente de façon tout à fait unilatérale pour intervenir, analyse, de son côté, Olivier Corten. "Ce qui est plus inquiétant car si cela est vrai pour la Syrie, ce peut l'être également dans d'autres cas et être le fait d'autres pays. De nombreux Etats respectent l'autorité du Conseil de sécurité. La plupart craignent en effet que ce soit la porte ouverte à la justice privée, qui est tout le contraire du droit international", note cet expert en la matière.

Message de Trump à Xi Jinping

Ce n'est pas un hasard si le président américain s'est exprimé alors même que son homologue chinois Xi Jinping est en visite aux Etats-Unis, ajoute Xavier Follebouckt. "C'est sans doute également un message adressé à ce pays par rapport au dossier de la Corée du Nord", dans lequel de la mollesse est reprochée à la Chine face à la menace nucléaire nord-coréenne, explique-t-il.

Message de Trump aux Américains

Donald Trump a davantage pris une stature présidentielle ces dernières heures. Alors qu'il s'opposait à une intervention de son pays en Syrie sous l'administration Obama, il veut à présent s'afficher comme quelqu'un de "plus déterminé, de plus résolu et de plus fort que son prédécesseur", considère le spécialiste de la Russie.

L'intervention américaine ne va toutefois "régler en rien le problème des armes chimiques", déplore Olivier Corten, qui pense que la démarche vise aussi à dissuader d'une nouvelle utilisation d'un tel dispositif à l'avenir. "Cela peut cependant encourager d'autres à y avoir recours et à ensuite faire accuser le régime syrien", redoute le professeur en droit international à l'ULB.

Frapper un seul aéroport "n'est pas suffisant", réagit un dirigeant rebelle

Frapper un seul aéroport militaire du régime "n'est pas suffisant", a réagi vendredi un dirigeant d'un influent groupe rebelle après le bombardement américain d'une base aérienne dans le centre de la Syrie, d'autres factions insurgées appelant également Washington à poursuivre son intervention. "Frapper un seul aéroport n'est pas suffisant; il y a 26 aéroports (utilisés par le régime pour) bombarder les civils. Le monde entier doit aider à sauver le peuple syrien des griffes de l'assassin Bachar (al-Assad) et ses acolytes", a affirmé sur Twitter Mohammad Allouche, dirigeant de Jaich al-Islam et membre du Haut comité des négociations (HCN) de l'opposition syrienne.

D'autres factions rebelles ont salué les frappes américaines menées à l'aube contre une base militaire du régime au sud de la ville syrienne de Homs.

"Nous saluons toute action pouvant mettre fin à un régime qui commet les pires crimes de l'histoire moderne", a indiqué à l'AFP Ahmad Othmane, dirigeant du groupe Sultan Mourad soutenu par la Turquie.

"Nous espérons que l'Amérique ne se contentera pas de cette frappe, car sinon (le régime) commettra encore davantage de crimes", a-t-il prévenu.

"La frappe américaine contre les instruments de la mort utilisés par Bachar al-Assad est un premier pas sur la bonne voie dans la lutte contre le terrorisme", a affirmé de son côté à l'AFP Issam al-Rayyes, porte-parole de la coalition rebelle Front du sud, présente dans la province de Deraa, berceau de la révolte violemment réprimée en 2011 par le régime.

"Nous espérons que les frappes vont se poursuivre", a-t-il dit.