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Le journaliste français d'origine belge Yves Debay a été abattu jeudi par un tireur embusqué à Alep dans le nord de la Syrie où il était en reportage, a rapporté vendredi l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), un décès confirmé à demi-mots vendredi par le ministre belge des Affaires étrangères belges, Didier Reynders. Yves Debay a été tué jeudi près de la prison centrale d'Alep, à la lisière nord de la métropole où de violents combats opposaient rebelles et soldats, a précisé l'ONG qui s'appuie sur un large réseau de militants et de médecins à travers le pays.

Des photos et vidéos montrant son cadavre avec une trace de balle dans la tête ainsi que son accréditation de presse auprès du ministère français de la Défense ont été mises en ligne par des militants anti-régime qui ont accusé les troupes régulières d'être responsables de sa mort. "Il a été tué sur un des fronts d'Alep, abattu par un tireur embusqué du régime", selon le centre de presse des militants anti-régime d'Alep.

L'un de ses membres, Abou Hicham a affirmé à l'AFP via Internet qu'il tenait ses informations d'une source dans un hôpital de campagne de la métropole du nord syrien.

Un autre militant a déclaré sous le couvert de l'anonymat avoir transporté le corps du journaliste défunt dans une ambulance se rendant au poste-frontière de Bab al-Salama vers la Turquie.

"Les circonstances exactes de sa mort ne sont pas encore claires, mais il semble qu'il soit entré dans une rue extrêmement dangereuse où étaient positionnés des membres de l'armée et des milices du régime", a-t-il ajouté. "L'annonce du décès n'est pas simple à vérifier vu la rareté des relais dont nous disposons sur place et la difficulté de se déplacer", a expliqué vendredi matin le porte-parole des Affaires étrangères, Michel Malherbe, à l'agence BELGA.

"Nous continuons à tenter de vérifier cette information, notamment en activant nos relais depuis l'ambassade d'Amman en Jordanie. Nous sommes également en contact avec les autorités françaises", a-t-il ajouté. Mais M. Reynders a indiqué vendredi midi qu'"avec les informations dont on dispose" il fallait craindre que ce journaliste ait bien été tué.

M. Debay était en reportage en Syrie pour Assaut, une revue spécialisée qu'il avait fondée après avoir créé le mensuel Raids en 1986. Décrit par des proches comme un homme jovial, au physique massif, Debay, né Belge le 24 décembre 1954 à Lubumbashi (ex-Congo belge), avait pris la nationalité française.

Personnalité haute en couleurs, ce baroudeur avait servi dans l'armée belge, puis dans des unités d'élite de l'ex-armée rhodésienne, les services de sécurité du régime blanc au pouvoir jusqu'en 1980 dans ce qui est devenu le Zimbabwe. Il avait aussi couvert de nombreux conflits, dont les guerres du Liban et dans les Balkans.

Selon l'ONG Reporters Sans Frontières (RSF), 17 journalistes professionnels, étrangers et Syriens, et 44 citoyens-journalistes ont été tués depuis le début du conflit en mars 2011 en Syrie, qualifiée de "cimetière des acteurs de l'information".

L'Association des journalistes de défense lui rend hommage

L'Association des Journalistes de Défense (AJD) a rendu hommage vendredi au journaliste français Yves Debay, 58 ans, tué par un tireur embusqué alors qu'il effectuait un reportage à Alep dans le nord de la Syrie. "Un an après la disparition de notre confrère Gilles Jacquier, tué à Homs (Syrie) le 11 janvier 2012, l'AJD perd l'un de ses membres tué également en Syrie", écrit l'association dans un communiqué.

"Ayant fait lui aussi son métier jusqu'au bout pour l'honneur de témoigner de la sanglante guerre civile que connaît la Syrie, Yves Debay - dont on connaissait la gouaille en toutes circonstances et dont on appréciait le franc-parler - est donc tombé au champ d'honneur des grands reporters de guerre, comme il avait toujours vécu, en première ligne", poursuit le communiqué.

François Hollande aussi...

François Hollande a exprimé vendredi sa "très vive émotion" après l'annonce de la mort en Syrie du journaliste français d'origine belge Yves Debay, victime d'un "acte odieux", selon un communiqué publié par la présidence de la République.

Dans un communiqué, François Hollande "exprime, au nom de la France, sa très vive émotion" après la mort de M. Debay "alors qu'il était en reportage". "La France condamne cet acte odieux et exprime à la famille et aux proches d'Yves Debay ses condoléances, sa sympathie et sa solidarité".

La France également rend hommage "aux autres journalistes qui, en Syrie, paient de leur vie leur engagement au service de la liberté de l'information", conclut le texte de l'Elysée.