International Les miliciens des FDS ont lancé l’assaut dans la "capitale" syrienne de Daech.

La reconquête de Raqqa est à peine entrée dans sa phase finale que se pose déjà la question de l’administration de la ville syrienne après que les djihadistes de l’Etat islamique (Daech) en auront été évincés. Cette ville située dans le Nord de la Syrie est l’objectif d’une offensive militaire, baptisée "Colère de l’Euphrate", menée depuis sept mois par des forces syriennes, appuyées par la coalition internationale anti-Daech. Il s’agit d’en reprendre le contrôle à l’organisation terroriste qui la considère depuis trois ans comme la "capitale" syrienne du "califat" qu’elle a tenté d’installer par la force sur des pans de territoires de Syrie et d’Irak.

Des combats violents se sont poursuivis vendredi dans l’est de la ville, alors que des avions de la coalition ont mené des bombardements depuis la veille au soir, qui ont fait 23 victimes civiles. L’armée de l’air syrienne avait pour sa part bombardé jeudi matin plusieurs positions de Daech dans l’ouest de la ville, tandis que les miliciens des Forces démocratiques syriennes (FDS) étaient entrés pour la première fois dans l’agglomération deux jours plus tôt, par l’est, après une longue phase d’encerclement achevée il y a près d’un mois.

Ce sont donc encore une fois les FDS, une coalition de milices kurdes (en majorité), arabes et turkmènes soutenue par les Etats-Unis, qui sont en première ligne pour reprendre cette cité qui comptait 300 000 habitants avant la guerre. Aujourd’hui, sa population est presque exclusivement composée d’Arabes sunnites, le géographe français Fabrice Balanche avançant le chiffre de 99 % dans un entretien à l’AFP. La minorité kurde (environ 20 % avant la guerre) a évacué la ville après sa prise de contrôle, d’abord par Al-Qaida en 2013, puis par Daech l’année suivante.

© IPM

Un conseil civil mis en place

Or, cette nouvelle donne ethno-confessionnelle pose problème dans la mesure où il paraît improbable que les Arabes sunnites de Raqqa acceptent une tutelle administrative des Kurdes dans cette ville située en lisière des zones du Kurdistan syrien, confiné dans le Nord et le Nord-Est du pays. En 2012, lorsque le conflit syrien s’est généralisé, les miliciens kurdes des Unités de protection du peuple (YPG) avaient pris le relais de l’armée syrienne, appelée ailleurs sur le territoire, défendant leur région et assurant une autonomie administrative de facto de leur "région". Et il n’est pas exclu que leurs camarades des FDS ne tentent pas d’étendre leur mainmise au-delà des limites de celle-ci.

Les FDS viennent d’ailleurs d’annoncer la création d’un "conseil civil" qui serait chargé de la gestion civile de Raqqa après sa reprise. Celles-ci avaient mis en place une structure similaire à Minbej, un bastion djihadiste situé au nord-ouest de Raqqa repris en août 2016 par les FDS. A la différence près, souligne M. Balanche, que Minbej compte une minorité kurde sur laquelle s’appuie fortement le Parti de l’union démocratique (PYD), le principal parti kurde syrien et bras politique des YPG.

La seule façon d’éviter ce scénario serait que l’armée syrienne participe à la "libération" de Raqqa. Or cette dernière se trouve à une centaine de kilomètres à l’ouest. Et, compte tenu des besoins militaires dans le Nord-Ouest du pays, elle pourrait très bien s’accommoder du fait que les FDS libèrent Raqqa.