Les moines au service de la politique

S.Vt. Publié le - Mis à jour le

International

S'il est une image que le monde retiendra des manifestations, c'est d'abord celle de marées colorées de moines pacifistes déferlant sous la pluie dans les rues de Birmanie. Les bonzes sont devenus en quelques semaines des acteurs clés de la crise. "Nous ne pouvons pas regarder sans rien faire; les gens qui nous font vivre sombrent dans la misère. Leur pauvreté est aussi la nôtre", indiquait l'un d'eux début septembre à Pakkoku, grand centre d'enseignement philosophique. Dans un pays où plus de 85 pc des 50 millions d'habitants sont bouddhistes, les monastères et les temples sont largement tributaires des dons de la population. En Birmanie, on voit tous les matins les moines sillonner les rues en tendant leur bol vide pour collecter aumônes et nourriture.

Les membres de la communauté Sangha, l'institution la plus forte après l'armée, se sont souvent interrogés sur l'opportunité de se mêler de politique. On l'a encore vu lors de leurs marches, au cours desquelles ils appelaient la population à prier et chanter plutôt qu'à revendiquer platement la démocratie. Ils ont pourtant joué un rôle essentiel dans les soubresauts de l'histoire contemporaine de leur pays. Conseillers des cours royales, ils se sont levés contre la colonisation britannique en prenant la tête du mouvement pour l'indépendance.

Les juntes qui se sont succédé au pouvoir ont toujours tenté, ensuite, de contrôler cette communauté, ressentie comme une menace. A raison. Les moines ont joué un rôle de premier plan dans le soulèvement de 1988 violemment réprimé par l'armée. Beaucoup de novices ont à l'époque été tués, battus et/ou emprisonnés; une centaine de moines croupiraient d'ailleurs encore toujours dans les geôles aujourd'hui. Ils ont été tout aussi sévèrement châtiés en 1990 pour avoir osé manifester pour la reconnaissance des excellents résultats électoraux de la Ligue nationale pour la démocratie.

A l'époque comme aujourd'hui, les moines, sensibles aux enseignements de Bouddha sur les vertus de la bonne gouvernance, avaient refusé les dons des militaires, une attitude marquante dans la mesure où un bouddhiste perd toute chance d'accéder au nirvana s'il ne sacrifie pas à l'aumône. Les généraux ont l'habitude de se rendre régulièrement dans les temples, d'y faire des offrandes et même des cadeaux onéreux, entretenant des relations étroites avec une partie du clergé. Ce que de nombreux jeunes et novices, qu'on a vus braver les militaires, ont du mal à accepter.

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